Vieillissement et relic des finitions
Une finition commence à évoluer dès que la guitare quitte l’atelier. La lumière, les variations de température, l’humidité, la transpiration, les frottements et simplement le temps modifient progressivement son aspect et parfois ses propriétés mécaniques. Certaines finitions jaunissent ou se craquellent, d’autres conservent longtemps leur aspect initial mais finissent par se rayer ou s’écailler, tandis que les zones régulièrement touchées par le musicien évoluent différemment du reste de l’instrument.

Une partie de ces transformations, autrefois considérées comme des défauts, est aujourd’hui recherchée. Le marché des guitares anciennes a transformé l’usure en élément esthétique, au point que les fabricants reproduisent volontairement sur des instruments neufs les craquelures, décolorations, impacts et traces d’utilisation accumulés normalement pendant plusieurs décennies. Le relic consiste précisément à provoquer ou imiter ce vieillissement, mais pour qu’il paraisse crédible, il faut d’abord comprendre comment une guitare vieillit réellement.
Une finition ne vieillit pas seule
L’aspect d'une guitare ancienne résulte rarement d'un seul phénomène. La couche transparente peut jaunir pendant que les pigments situés dessous pâlissent, le bois peut apparaître aux endroits où le vernis a disparu, les pièces métalliques peuvent s'oxyder et les plastiques changer de couleur. Plusieurs transformations différentes s'additionnent donc pour produire ce que l'on appelle généralement la patine.
L'environnement dans lequel l'instrument a vécu joue également un rôle considérable. Une guitare restée quarante ans dans son étui ne ressemble pas nécessairement à une guitare du même modèle ayant passé la même période sur scène. L'exposition à la lumière, les variations thermiques, la fréquence d'utilisation et les conditions de stockage sont parfois plus déterminantes que l'âge chronologique lui-même.
Il n'existe donc pas une apparence universelle de la « vieille guitare ». Deux instruments fabriqués le même jour avec la même finition peuvent évoluer très différemment.
Le jaunissement
Le jaunissement est probablement l'un des signes de vieillissement les plus faciles à observer. Une couche transparente initialement presque incolore peut progressivement prendre une teinte jaune ou ambrée sous l'effet de transformations chimiques provoquées notamment par l'oxygène et la lumière.
La nitrocellulose est particulièrement connue pour ce phénomène. Les travaux de conservation consacrés aux revêtements en nitrate de cellulose montrent que leur exposition à la lumière favorise à la fois jaunissement, fragilisation et fissuration.
La conséquence sur une guitare dépend évidemment de ce qui se trouve sous le vernis. Sur un bois naturel, l'ensemble prend une couleur plus chaude. Sur une peinture blanche, le résultat peut évoluer vers l'ivoire ou le crème. Sur une couleur bleue, l'addition optique d'une couche jaunie peut donner une impression légèrement verdâtre.
Ce qui paraît être une transformation de la peinture peut donc provenir en partie de la couche transparente située au-dessus.
Les pigments peuvent également changer
Le vernis n'est pas le seul élément sensible à la lumière. Certains colorants et pigments peuvent perdre progressivement leur intensité sous l'action des ultraviolets.
Les anciens sunbursts en fournissent de bons exemples. Sur certaines guitares, la zone rouge d'un three-color sunburst a tellement pâli que la finition donne aujourd'hui presque l'impression d'un two-color sunburst. D'autres couleurs deviennent moins saturées ou changent légèrement de nuance.
Le phénomène peut être très localisé. Une partie du corps exposée régulièrement à la lumière peut évoluer davantage qu'une zone protégée par un pickguard, un autocollant ou même un élément d'accastillage. Lorsqu'on retire celui-ci plusieurs décennies plus tard, la couleur d'origine peut apparaître presque intacte dessous.
Ces différences permettent parfois de comprendre l'aspect initial d'un instrument beaucoup mieux qu'en observant uniquement les surfaces exposées.
Le checking
Le checking désigne le réseau de fines fissures qui peut apparaître dans certaines finitions, particulièrement sur les anciennes laques nitrocellulosiques.
Le bois et le revêtement ne réagissent pas exactement de la même manière aux changements de température et d'humidité. Lorsqu'un instrument subit une variation thermique importante, les différentes couches se dilatent ou se contractent à des vitesses différentes. Une finition devenue plus dure et plus cassante avec l'âge peut ne plus supporter ces contraintes et se fissurer.
Le phénomène est particulièrement associé aux changements rapides de température, par exemple lorsqu'une guitare très froide est introduite dans une pièce chauffée. Cela ne signifie pas qu'un seul choc thermique suffise toujours à produire un réseau de fissures, mais les cycles thermiques augmentent les contraintes auxquelles le film est soumis.
Avec le temps, le vieillissement chimique de la nitrocellulose contribue également à sa fragilisation, ce qui explique pourquoi une ancienne finition devient généralement plus susceptible au checking qu'un film récent et encore relativement souple.
Toutes les fissures ne se ressemblent pas
Le dessin du checking varie selon la composition et l'épaisseur de la finition, le support, les contraintes subies et la manière dont celles-ci se sont produites.
Certaines craquelures sont longues et relativement parallèles, d'autres forment un réseau plus irrégulier. Sur une table bombée ou autour d'une zone fortement contrainte, leur orientation peut encore changer.
Une fissure profonde provenant d'un choc mécanique n'est pas du checking, même si elle traverse le vernis. De même, un décollement entre deux couches indique davantage un problème d'adhérence qu'un vieillissement normal du film.
Cette diversité devient importante lorsqu'on cherche à reproduire artificiellement une finition ancienne, car un réseau de fissures trop uniforme ou complètement indépendant de la géométrie de l'instrument paraît rapidement artificiel.
L'usure par frottement
Une finition peut également disparaître simplement parce qu'elle est frottée pendant des milliers d'heures.
Sur le corps, l'avant-bras use fréquemment le bord supérieur, tandis que le dos peut être marqué par les vêtements, une ceinture ou différents objets portés par le musicien. Autour des contrôles et près des cordes, les doigts, le médiator et les mouvements répétés créent d'autres zones caractéristiques.
Sur le manche, le contact permanent avec la main modifie progressivement l'état de surface. Un vernis satiné peut devenir brillant parce que son relief microscopique est poli, tandis qu'une finition mince peut finir par disparaître localement et exposer le bois.
L'usure naturelle suit donc généralement la manière dont l'instrument est réellement tenu et joué. Elle n'est ni aléatoire ni uniformément répartie.
Les impacts et les éclats
Le vieillissement d'une guitare ne se limite évidemment pas à une abrasion régulière. Les petits chocs provoquent des enfoncements, des rayures et parfois des éclats de finition.
La nature de l'éclat dépend beaucoup du revêtement. Une finition relativement mince et souple peut se marquer ou s'user progressivement, tandis qu'un film dur et épais peut rester intact pendant longtemps puis se casser localement en laissant apparaître une bordure nette.
C'est l'une des différences visuelles fréquentes entre une ancienne nitrocellulose et certaines finitions polyester ou polyuréthane épaisses. Il serait cependant faux de transformer cette observation en règle absolue, car l'épaisseur, la formulation et l'adhérence au support influencent fortement le résultat.
Une finition moderne mince peut s'user progressivement, tandis qu'une nitro mal adhérente peut s'écailler.
Polyuréthane et polyester vieillissent aussi
L'idée selon laquelle seules les finitions nitrocellulosiques vieilliraient est fausse. Tous les revêtements évoluent, mais ils ne vieillissent pas de la même manière ni à la même vitesse.
Les polyuréthanes et polyesters modernes résistent généralement mieux au jaunissement important, à l'abrasion et au checking que les anciennes nitros. Leur surface peut cependant se rayer, perdre progressivement son brillant, subir des impacts ou se décoller localement lorsque l'adhérence est compromise.
Certains polyuréthanes peuvent jaunir avec le temps, notamment selon leur formulation et leur exposition aux UV. Les systèmes modernes contenant des résines plus stables à la lumière ont considérablement réduit ce phénomène.
Le polyester, particulièrement dur, conserve souvent longtemps une apparence très régulière. Lorsqu'il est suffisamment épais, son vieillissement visible peut davantage se manifester par des rayures et des éclats que par une usure progressive jusqu'au bois.
Dire qu'un « poly ne vieillit pas » revient donc surtout à constater qu'il peut conserver son aspect neuf beaucoup plus longtemps qu'une nitro traditionnelle.
La gomme-laque
La gomme-laque évolue elle aussi avec le temps. Elle peut s'assombrir, perdre une partie de sa souplesse et devenir plus cassante. Son vieillissement dépend beaucoup de la lumière, de la température et des conditions de conservation.
Sa grande différence avec un polyester ou un polyuréthane réticulé reste néanmoins sa réparabilité. Puisqu'elle demeure soluble dans l'alcool, une ancienne couche peut être reprise et fusionnée avec du produit neuf, même si cette solubilité diminue progressivement avec l'âge.
Sur les instruments anciens restaurés, il devient donc parfois difficile de distinguer ce qui appartient véritablement à la finition d'origine de ce qui résulte de retouches successives.
Les finitions huilées
Une finition huilée mince suit généralement beaucoup plus directement l'évolution du bois. Les zones touchées se polissent, foncent ou s'encrassent progressivement, tandis que de nouvelles applications peuvent être réalisées au cours de la vie de l'instrument.
Un manche huilé entretenu régulièrement peut ainsi conserver pendant des décennies une apparence relativement uniforme alors qu'un manche identique jamais entretenu montrera beaucoup plus clairement les zones utilisées.
Le vieillissement visible dépend donc ici autant de l'entretien que du produit initialement appliqué.
La transpiration
La transpiration constitue un environnement particulièrement agressif pour certaines finitions et pour l'accastillage. Elle contient principalement de l'eau et des sels, mais sa composition varie considérablement d'une personne à l'autre.
Chez certains musiciens, les pièces métalliques ternissent ou se corrodent rapidement, tandis que d'autres peuvent jouer pendant des années sans provoquer d'altération comparable. Une même différence peut s'observer sur les cordes.
La finition elle-même peut perdre son brillant ou se modifier aux endroits régulièrement exposés à la sueur, particulièrement sur le manche et à l'endroit où l'avant-bras repose sur le corps.
Il n'est donc pas surprenant que deux guitares ayant connu une utilisation apparemment similaire présentent des états très différents.
L'accastillage vieillit avec la finition
Une guitare véritablement ancienne n'est pas constituée d'un corps vieilli entouré de pièces neuves. Les mécaniques, pontets, chevalets, vis, plaques et boutons évoluent eux aussi.
Le nickel tend à ternir et peut perdre son brillant assez rapidement, tandis que le chrome résiste généralement mieux. Les pièces dorées sont particulièrement sensibles à l'abrasion, la couche décorative pouvant disparaître sur les zones manipulées.
L'oxydation ne se répartit pas uniformément. Les pièces touchées par les mains ou exposées à la transpiration vieillissent davantage que celles protégées sous un pickguard ou dans une cavité.
Cette cohérence générale constitue l'une des grandes difficultés d'un relic réussi : une guitare fortement usée avec un chevalet, des vis et des boutons parfaitement neufs paraît immédiatement incohérente.
Les plastiques vieillissent également
Pickguards, boutons, entourages de micros et plaques peuvent jaunir, se ternir ou changer légèrement de dimensions avec l'âge.
Certaines matières utilisées autrefois sont beaucoup plus sensibles que les plastiques modernes. Le nitrate de cellulose, employé historiquement pour certains pickguards, est notamment sujet à une dégradation chimique pouvant provoquer jaunissement, rétrécissement et fragilisation.
Un pickguard ancien peut donc se déformer indépendamment du bois et exercer lui-même des contraintes autour de ses vis.
L'aspect crème de certains composants vintage ne résulte donc pas toujours d'une couleur d'origine. Comme pour les finitions blanches, ce que nous considérons aujourd'hui comme une esthétique « vintage » peut être le résultat d'une transformation lente d'un matériau autrefois beaucoup plus clair.
Les supports de guitare peuvent laisser leur trace
Certaines finitions, particulièrement la nitrocellulose, peuvent réagir avec des matériaux souples utilisés sur les supports et les stands. Des plastifiants présents dans certains caoutchoucs ou mousses peuvent ramollir, marquer ou décolorer la surface lorsque le contact se prolonge.
Les dégâts apparaissent souvent au niveau du manche ou des points où le corps repose sur le support, ce qui produit des marques difficiles à confondre avec une usure de jeu naturelle.
Ce phénomène montre une nouvelle fois que toutes les traces observées sur une vieille guitare ne sont pas nécessairement dues au musicien lui-même.
Patine, usure et dégradation
Ces termes sont souvent employés comme s'ils désignaient la même chose.
La patine décrit généralement l'évolution visuelle globale considérée comme naturelle ou esthétiquement intéressante. L'usure correspond davantage à la disparition ou à la modification du matériau sous l'effet de l'utilisation. La dégradation, enfin, désigne une perte de propriétés du matériau, comme une fragilisation, un décollement ou une transformation chimique.
Une fissure de nitro peut aujourd'hui être appréciée esthétiquement, mais du point de vue du matériau, elle reste une rupture du revêtement. Le fait qu'un défaut soit devenu désirable sur le marché vintage n'en change pas la nature physique.
Cette distinction est utile lorsqu'on parle de relic, puisque celui-ci consiste précisément à transformer certains signes de dégradation en langage esthétique.
Le relic
Le mot relic désigne aujourd'hui une guitare neuve dont l'apparence a été artificiellement vieillie pour reproduire celle d'un instrument ancien. Le traitement peut rester très discret, avec seulement une légère patine, ou aller jusqu'à simuler plusieurs décennies d'utilisation intensive avec zones de bois nu, nombreux impacts, finition largement usée et accastillage fortement terni.
Le terme est particulièrement associé à Fender, qui en a fait une marque emblématique du Custom Shop, mais le principe s'est largement répandu chez les constructeurs industriels et les luthiers indépendants.
L'origine des Fender Relic
Le relic industriel moderne s'est véritablement imposé avec le Fender Custom Shop au milieu des années 1990. J.W. Black et Vince Cunetto développèrent des prototypes artificiellement vieillis qui furent présentés au Winter NAMM de 1995, notamment une Nocaster et une Stratocaster. L'accueil fut suffisamment positif pour lancer une production commerciale.
Entre 1995 et 1999, Vince Cunetto et son équipe préparèrent et vieillissaient pour Fender les corps, manches et différentes pièces avant leur retour au Custom Shop pour assemblage. Fender internalisa ensuite le procédé et développa sa série Time Machine.
Le principe paraît aujourd'hui banal, mais il était alors assez inhabituel qu'un fabricant haut de gamme facture volontairement une guitare neuve déjà rayée, décolorée et usée.
Différents degrés de vieillissement
Le Fender Custom Shop a progressivement développé plusieurs niveaux destinés à évoquer des histoires différentes plutôt qu'une simple quantité arbitraire de dégâts. Selon les séries actuelles, on rencontre notamment Time Capsule, Closet Classic, Journeyman Relic, Relic, Heavy Relic et Super Heavy Relic.
L'idée générale va d'un instrument ancien qui aurait été exceptionnellement préservé jusqu'à une guitare ayant subi des décennies d'utilisation intensive.
Gibson suit une logique comparable avec le Murphy Lab, qui propose plusieurs niveaux de vieillissement et travaille notamment sur le checking de la nitrocellulose, l'usure des zones de contact, la patine des pièces métalliques et le vieillissement des plastiques.
Dans les deux cas, la crédibilité repose moins sur le nombre de rayures que sur leur cohérence.
Le checking artificiel
Une finition peut être amenée à se fissurer artificiellement en reproduisant les contraintes auxquelles une ancienne laque est sensible. Les fabricants spécialisés disposent de leurs propres méthodes et formulations, qui ne sont pas nécessairement identiques à celles employées par les amateurs.
Gibson indique par exemple avoir développé pour le Murphy Lab une formulation de nitrocellulose destinée à reproduire le comportement des laques des années 1950 et 1960 et susceptible de produire le checking recherché.
Cette remarque est importante : reproduire l'aspect d'une finition ancienne ne consiste pas toujours simplement à prendre une finition moderne et à l'endommager. Le matériau lui-même peut être choisi ou formulé pour vieillir d'une manière particulière.
Une usure crédible doit avoir une cause
Les meilleurs relics ne distribuent pas les marques au hasard. Chaque zone d'usure devrait pouvoir être expliquée par une utilisation plausible.
L'avant-bras agit sur un endroit déterminé du corps, le médiator en touche d'autres, la main polit le manche, la ceinture peut marquer le dos et les bords sont particulièrement exposés aux petits chocs. Les contrôles régulièrement manipulés présentent également des traces différentes de celles d'une partie rarement touchée.
La morphologie du musicien, sa manière de porter la guitare et son jeu modifient encore ces zones. C'est pourquoi deux véritables guitares anciennes du même modèle ne vieillissent jamais exactement de la même manière.
Un relic qui reproduit mécaniquement le même motif d'usure sur des dizaines d'instruments peut être esthétiquement séduisant, mais il imite moins fidèlement le caractère individuel d'une guitare réellement utilisée.
L'erreur du relic uniforme
L'un des effets artificiels les plus faciles à repérer consiste à répartir partout le même nombre de coups, de rayures et de zones poncées.
Une guitare ne reçoit pas statistiquement la même quantité d'usure sur toutes ses surfaces. Les cavités protégées, les zones sous le pickguard et certaines parties proches du manche peuvent rester presque intactes alors que le bord du corps est fortement marqué.
De même, les différents matériaux ne vieillissent pas à la même vitesse. Une vis en acier, une pièce chromée, un bouton en plastique et une couche de nitrocellulose ne devraient pas tous présenter exactement le même degré d'altération.
Le relic convaincant nécessite donc moins d'agression que d'observation.
L'usure jusqu'au bois
Lorsqu'une finition est artificiellement éliminée pour faire apparaître le bois, la frontière entre zone usée et zone intacte constitue un détail particulièrement révélateur.
Une véritable abrasion tend à produire progressivement des transitions arrondies et polies dans les endroits soumis à un frottement répété. Un éclat provoqué par un choc crée au contraire une rupture plus nette.
Poncer simplement un cercle jusqu'au bois ne reproduit donc pas automatiquement des décennies d'utilisation. Il faut savoir si l'on cherche à imiter une abrasion, un impact, un décollement ou une fissure, car ces mécanismes ne produisent pas la même géométrie.
Le bois exposé continue de vieillir
Une zone de bois mise à nu depuis plusieurs décennies ne ressemble généralement pas à du bois fraîchement poncé. Elle peut foncer, absorber les matières provenant des mains et développer une surface progressivement polie.
C'est particulièrement visible sur les anciens manches en érable lorsque la finition a disparu dans les zones fréquemment jouées.
Un relic qui révèle un bois parfaitement clair et propre peut donc paraître récent précisément parce que la partie supposément ancienne n'a elle-même reçu aucune patine.
Le vieillissement crédible demande de considérer l'ordre chronologique des événements : la finition disparaît d'abord, puis le bois ainsi exposé commence à évoluer.
Le relic de l'accastillage
Le métal peut être artificiellement terni ou oxydé afin de correspondre à l'état du reste de l'instrument, mais là encore les différents traitements de surface ne réagissent pas de la même manière.
Le nickel se patine relativement facilement, le chrome est beaucoup plus résistant, tandis qu'un placage doré s'use principalement par abrasion avant que le métal situé dessous n'apparaisse.
Un bon vieillissement doit respecter ces différences. Une pièce chromée uniformément noire ou une vis profondément rouillée sur une guitare supposément légèrement utilisée ont peu de chances de reproduire une évolution naturelle.
Il faut également distinguer apparence vieillie et fonctionnement dégradé. Gibson précise par exemple à propos du Murphy Lab que boutons et composants sont vieillis visuellement tout en restant destinés à fonctionner comme du matériel neuf. C'est évidemment préférable à une corrosion réelle des surfaces mécaniques ou électriques essentielles.
Faut-il vieillir les frettes ?
Une guitare ancienne peut présenter des frettes très usées, mais reproduire fidèlement cette caractéristique sur un instrument neuf serait rarement souhaitable.
Le relic constitue donc nécessairement une sélection parmi les effets du temps. On reproduit une finition usée, un chevalet terni ou des boutons jaunis, mais on conserve généralement des frettes fonctionnelles, un sillet correctement réglé et une électronique fiable.
Le résultat n'est pas réellement une guitare ancienne, mais une guitare neuve qui reproduit certains signes visuels de son vieillissement.
Cette distinction évite de prendre le relic pour une reproduction complète du vieillissement matériel.
Le relic modifie-t-il le son ?
La présence de checking, de rayures ou de zones de finition manquantes est parfois créditée d'un effet sonore particulier. La question doit être séparée de celle de l'épaisseur générale de la finition.
Retirer une quantité importante de matériau modifie nécessairement, même faiblement, la masse du système, mais cela ne permet pas de conclure qu'un réseau de fissures ou quelques zones usées produisent à eux seuls une amélioration audible, encore moins prévisible.
Gibson associe commercialement certaines caractéristiques du Murphy Lab à un comportement plus proche des instruments anciens, mais cela ne constitue pas une démonstration que le relic lui-même améliore le son d'une guitare.
Sur une solid-body électrique, il est donc plus raisonnable de considérer le relic avant tout comme un choix esthétique et tactile.
Un manche artificiellement usé peut néanmoins changer le toucher
L'effet tactile est beaucoup plus direct. Si le dos d'un manche est volontairement débarrassé d'une partie de son vernis, la main ne rencontre effectivement plus la même surface.
De même, un vernis satiné, poli ou usé produit des coefficients de friction différents. Un relic peut donc modifier réellement la sensation de jeu, sans qu'il soit nécessaire de lui attribuer une conséquence sonore.
C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles certains guitaristes apprécient les instruments artificiellement vieillis indépendamment de leur apparence : ils donnent immédiatement la sensation d'un manche déjà joué pendant longtemps.
Le relic n'accélère pas nécessairement le vieillissement futur
Une guitare artificiellement vieillie continue ensuite sa propre évolution. Les marques ajoutées à l'usine ne figent pas son apparence, de nouvelles rayures, zones polies et décolorations viennent progressivement s'y ajouter.
Elles ne suivent pas forcément les mêmes endroits que le relic initial, surtout si le nouveau propriétaire joue différemment du motif simulé par le fabricant.
Après de nombreuses années, il peut donc devenir difficile de distinguer certaines traces artificielles des marques réellement acquises depuis la fabrication.
Relic et reproduction historique
Le relic prend tout son sens lorsqu'il accompagne une reproduction plus générale d'un instrument ancien. Une Stratocaster censée évoquer 1959 paraît plus cohérente si le type de finition, la teinte, l'accastillage, les plastiques et l'usure correspondent eux aussi à ce que l'on pourrait rencontrer sur un instrument de cette période.
Dans ce contexte, le relic constitue une composante de la reconstitution historique et non simplement un ensemble de rayures décoratives.
Les Fender Custom Shop Time Machine et Gibson Murphy Lab poussent précisément cette logique en combinant spécifications d'époque, couleurs vieillies, matériaux appropriés et différents degrés d'usure.
On peut naturellement préférer une guitare parfaitement neuve. Le relic ne répond pas à une nécessité technique, mais à une conception particulière de l'objet : reproduire non seulement la forme d'un instrument ancien, mais également l'apparence qu'il aurait pu acquérir au cours de sa vie.
Ce qui vieillit réellement
Les principaux phénomènes peuvent finalement être résumés ainsi :
| Phénomène | Cause principale | Aspect possible |
|---|---|---|
| Jaunissement | transformations chimiques, lumière, oxydation | vernis ambré, blanc devenu crème |
| Décoloration | lumière et UV | pigments atténués, burst modifié |
| Checking | vieillissement du film et contraintes thermiques | réseau de fines fissures |
| Polissage | frottements répétés | zones satinées devenant brillantes |
| Abrasion | contact prolongé | finition amincie puis bois apparent |
| Impact | choc mécanique | enfoncement, fissure ou éclat |
| Oxydation du métal | air, humidité, transpiration | ternissement, corrosion |
| Vieillissement des plastiques | lumière, chimie du matériau, temps | jaunissement, retrait, fragilisation |
Une guitare ancienne crédible combine généralement plusieurs de ces mécanismes, avec des intensités différentes selon les endroits. C'est précisément cette complexité qui rend difficile la reproduction artificielle du temps.
Reproduire le temps plutôt que les dégâts
Le vieillissement d'une finition n'est finalement pas une simple accumulation de défauts. Il raconte la nature du revêtement, les conditions dans lesquelles l'instrument a été conservé et la manière dont il a été utilisé.
Une nitro jaunie et craquelée, un polyester encore brillant mais marqué de quelques éclats, un manche huilé poli par la main ou une touche en érable dont le bois s'est assombri aux endroits découverts ne racontent pas la même histoire.
Le relic cherche à condenser cette histoire sur une guitare neuve. Lorsqu'il est réussi, les différentes marques semblent résulter d'une succession plausible d'événements ; lorsqu'il l'est moins, on voit avant tout les techniques utilisées pour les produire.
C'est sans doute la meilleure manière de distinguer vieillissement et relic : le premier est la conséquence de la vie de l'instrument, le second en est une interprétation volontaire.