Dessiner une guitare multidiapason
Sur une guitare multidiapason, la corde grave et la corde aiguë n'ont pas la même longueur vibrante. Les frettes forment un éventail, mais cet éventail n'est pas le projet : c'est la conséquence de deux diapasons choisis pour répondre à un accordage, un tirant et une sensation de jeu.
Imaginez une sept-cordes dont la chanterelle conserve 648 mm de diapason alors que la corde grave atteint 686 mm. Les 38 mm d'écart doivent être répartis entre la tête et le chevalet. Impossible de dessiner correctement les frettes en inclinant simplement celles d'une touche ordinaire.
Deux diapasons, un même numéro de frette
Chaque corde possède sa propre graduation : la douzième frette se trouve à la moitié de son diapason théorique, la cinquième à une distance calculée selon la même loi que sur un instrument classique. On place donc, pour chaque corde extrême, les positions de toutes les frettes sur sa propre ligne de corde, puis on relie les points correspondants. La méthode doit tenir compte de la géométrie réelle des cordes, qui convergent généralement vers le sillet.
Le choix de la frette de référence, souvent appelée frette neutre, règle la répartition des inclinaisons. À proximité de cette frette, les barrettes sont proches de la perpendiculaire à l'axe du manche ; vers le sillet et le chevalet, elles basculent dans des sens opposés. Une référence placée au milieu du manche répartit les angles autrement qu'une référence proche du sillet. Il n'existe pas de position universelle : elle dépend de l'écart entre les diapasons et des positions de jeu privilégiées.
Le sillet et le chevalet ne peuvent pas être choisis après coup
Le point de départ de chaque corde au sillet, la position de son pontet et la marge nécessaire à la compensation d'intonation doivent être connus avant le dessin définitif. Sur un système à pontets indépendants, chaque unité peut prendre une position propre ; sur un chevalet multidiapason monobloc, c'est le dessin du fabricant qui impose les entraxes, les angles possibles et la course de réglage. Une rangée de pontets inclinée ne garantit pas, à elle seule, que les six ou huit cordes auront le diapason voulu.
La position des micros est un autre détail visible : un humbucker monté de travers doit conserver les cordes dans sa zone utile. Pour une forte inclinaison, il faut vérifier l'entraxe des plots ou envisager des lames. L'angle des micros n'a pas à copier mécaniquement celui de la dernière frette.
Tester l'éventail à l'échelle 1
Une touche dessinée à l'écran peut sembler élégante, puis devenir inconfortable en première position. Imprimez au moins les frettes 1 à 7, la zone de la douzième et les positions les plus aiguës ; posez la main sur ces tracés. Les grands écarts de diapason accentuent les rotations du poignet aux extrémités, surtout sur une huit-cordes. Un faible éventail bien choisi vaut mieux qu'un éventail spectaculaire qui gêne les barrés.
Une dernière vérification concerne les composants réellement disponibles : sillet ou verrouillage de cordes, pontets, micros, cordes et plage d'intonation. Pour dimensionner les tirants, on peut utiliser le calculateur de tension de D'Addario, corde par corde. L'éventail doit rester une réponse mesurable à un besoin musical.