Dessiner les logements des micros
Un humbucker monté dans un cadre pardonne certains écarts qu’un micro directement incrusté dans la table rend immédiatement visibles. Les pattes de fixation, les rayons de fraisage et les passages de câbles ne doivent pourtant pas dicter tout le contour supérieur. Il faut distinguer ce qu’on voit de ce qui doit simplement laisser passer la mécanique.
Incruster sans coincer le capot
C’est ici que le dessin de la cavité prend toute son importance. Prenons un humbucker sans cadre installé directement dans une table. Une défonce traditionnelle destinée à être cachée sous un entourage comprend souvent deux larges dégagements latéraux pour les pattes de fixation. Fonctionnellement, cette forme convient. Esthétiquement, elle peut être assez grossière lorsque tout reste visible. Une solution plus propre consiste à dissocier le contour visible de l’espace mécanique nécessaire sous le micro. La première profondeur suit de près l’enveloppe extérieure visible du micro ou de son capot. Les dégagements pour les pattes, les vis, les ressorts et le câble ne sont usinés qu’à une profondeur supérieure, là où ils disparaissent sous le composant.
La cavité devient donc un usinage à plusieurs niveaux. Cette méthode permet de conserver un contour régulier autour du micro tout en laissant la place nécessaire à sa mécanique. Elle convient particulièrement aux montages directs soignés, aux instruments sans pickguard et aux soapbars de basse.
Lorsqu’un micro est incrusté, la cote qui importe n’est pas celle de sa bobine ou de sa semelle, mais l’enveloppe extérieure réellement visible. Un humbucker avec capot n’a pas exactement la même enveloppe qu’un modèle ouvert. Certains micros utilisent des angles plus arrondis ou des boîtiers totalement différents. Les formats sept, huit et neuf cordes deviennent progressivement plus larges. La documentation Fishman illustre clairement ce problème : les Modern Humbucker six, sept, huit et neuf cordes possèdent chacun leur propre enveloppe dimensionnelle. Fishman — plans dimensionnels Sur un montage ajusté, ces quelques millimètres ne peuvent pas être remplacés par une cote générique de « humbucker ».
Une cavité visible ne doit pas être usinée exactement aux dimensions nominales du micro. Il faut conserver un jeu permettant l’installation et le démontage, mais aussi absorber les tolérances du composant, celles de l’usinage et l’épaisseur de la finition déposée sur les parois. Ce jeu doit être volontaire et constant. Il n’existe pas une valeur universelle valable pour tous les procédés. Une CNC correctement réglée, une défonceuse guidée par gabarit et un travail manuel ne produisent pas exactement les mêmes tolérances. Une finition épaisse peut également modifier sensiblement une cavité très ajustée. L’objectif n’est donc pas de prescrire une valeur unique, mais d’intégrer cette marge dans le dessin.
Dans le cas d’un ajustement serré, la meilleure précaution reste d’usiner une éprouvette dans une chute avec le même outil, puis d’y essayer le micro réel avant de toucher au corps.
Le contour extérieur d’un micro peut comporter des rayons beaucoup plus faibles que ceux obtenus avec une fraise de gros diamètre. Une défonceuse ou une CNC ne peut produire un angle intérieur plus petit que le rayon de sa fraise. Le dessin doit donc distinguer trois choses :
- le contour réel du micro ;
- le contour souhaité de la cavité ;
- le contour réellement réalisable avec l’outil choisi.
Une petite fraise permet de suivre plus fidèlement la forme du micro, mais peut être plus fragile et demander davantage de passes. Les angles peuvent également être repris manuellement après la défonce. Ce qu’il faut éviter, c’est d’agrandir toute la cavité uniquement pour permettre à une grosse fraise d’atteindre les quatre coins.
Les humbuckers constituent un bon exemple de la différence entre enveloppe visible et enveloppe mécanique. La partie centrale peut n’exiger qu’une cavité proche du contour des bobines, tandis que les pattes s’étendent latéralement et descendent plus profondément. Il n’est donc pas nécessaire de creuser toute la cavité jusqu’à la profondeur maximale ni d’exposer visuellement toute la largeur des oreilles. Une poche principale peut recevoir le corps du micro, tandis que deux logements localisés, plus profonds, accueillent les pattes et les éléments de réglage. La bibliothèque de DiMarzio permet de comparer de nombreux formats et de voir immédiatement combien la semelle, les pattes et l’enveloppe extérieure peuvent varier d’une famille à l’autre. DiMarzio — plans d’installation et dimensions
Montage direct, cadres et P-90
« Direct mount » ne signifie pas nécessairement que le micro doit être immobilisé définitivement contre le fond de la cavité. Il reste généralement souhaitable de pouvoir ajuster sa hauteur. Différentes solutions sont possibles : vis traversant les pattes avec mousse compressible sous le micro, ressorts adaptés au montage direct, inserts filetés ou systèmes spécifiques. Quelle que soit la méthode choisie, elle doit être intégrée au plan. La mousse, par exemple, occupe une certaine épaisseur lorsqu’elle est comprimée et doit conserver suffisamment de course pour pousser le micro vers les cordes. Les vis doivent pénétrer suffisamment dans leur support sans risquer de traverser le corps ou de rencontrer une autre cavité.
Là encore, une coupe verticale révèle beaucoup plus de choses qu’une vue de dessus.
Lorsqu’un cadre est utilisé, il doit être représenté dans le dessin. Il possède ses propres dimensions extérieures, son ouverture centrale, ses trous de fixation et sa hauteur. Sur certaines guitares à table bombée ou avec angle de manche, les cadres chevalet et manche ne sont pas nécessairement de même hauteur. Certains sont également inclinés afin de rapprocher leur face supérieure du plan des cordes. La cavité du micro et le contour du cadre doivent donc être conçus ensemble. Le même principe s’applique à un pickguard : la fixation du micro se trouve dans la plaque, mais le volume situé dessous doit permettre toute sa course verticale.
Un P-90 soapbar n’est pas simplement un humbucker plus étroit. Le capot constitue directement son enveloppe visible et le système de fixation passe généralement au travers du micro. La cavité doit donc suivre le modèle réel et laisser suffisamment de place au réglage vertical. Le P-90 dog-ear répond à une autre logique : les oreilles du capot servent à la fixation sur la table et la hauteur globale dépend davantage de la géométrie du boîtier et des éventuelles cales utilisées sous celui-ci. Ces deux versions ne doivent donc pas partager automatiquement la même cavité ni être considérées comme interchangeables sans modification du corps.
Mini-humbuckers, Filter’Tron, Jazzmaster, Jaguar, lipstick, Music Man et autres architectures ne sont pas des variantes dimensionnelles approximatives du simple Strat ou du humbucker. Leur longueur, leur largeur, leurs rayons, leur profondeur et leur fixation diffèrent. Nous avons décrit ces familles dans Les architectures alternatives. Au moment de les intégrer, il faut revenir au modèle exact et à sa documentation. Cette précaution devient encore plus importante lorsque la cavité reste apparente : un routage universel peut être parfaitement acceptable sous une grande plaque, mais il ne convient plus à une incrustation ajustée.
Basses, actifs et câbles
Le terme soapbar ne définit aucune dimension précise. Une même marque peut proposer plusieurs enveloppes destinées aux basses quatre, cinq ou six cordes, parfois avec plusieurs variantes de perçage dans une même forme. Bartolini maintient une bibliothèque particulièrement utile de plans mécaniques pour ses différentes familles de micros. Bartolini — plans dimensionnels des micros Ces documents indiquent notamment les contours, rayons et positions de fixation. C’est exactement le type d’information nécessaire pour concevoir une cavité visible plutôt que recopier un rectangle générique. Il faut également vérifier la largeur de couverture magnétique en fonction de l’espacement réel des cordes, notamment sur les basses cinq et six cordes.
Comme pour les chevalets, le nombre de cordes ne suffit pas à définir la géométrie.
Un micro actif peut présenter extérieurement une enveloppe classique tout en ajoutant plusieurs contraintes à l’intérieur du corps. Le connecteur, le câble et son rayon de courbure prennent de la place sous le micro. L’ensemble nécessite également une alimentation et parfois d’autres modules électroniques. Fishman documente par exemple à la fois les dimensions mécaniques de ses micros et leur câblage. Fishman Fluence — documentation des micros électriques L’alimentation, les potentiomètres, sélecteurs et autres éléments actifs seront traités dans Concevoir l’électronique et les contrôles, mais l’espace nécessaire au connecteur et au passage du câble doit être prévu dès la cavité du micro. Voir également Les micros actifs.
Le micro doit pouvoir rejoindre l’électronique. Cela paraît évident, mais le canal de câblage est facile à oublier lorsque l’on dessine les différentes cavités indépendamment. La sortie du câble n’est pas toujours placée au centre du micro et certains connecteurs prennent plus de place qu’un simple conducteur souple. Il faut donc connaître l’endroit où le câble quitte réellement le composant et lui ménager un passage qui ne l’oblige pas à effectuer un pli trop serré. Sur un corps massif, un perçage oblique peut relier les cavités. Sur un instrument muni d’une table rapportée, certains passages peuvent être usinés dans le corps avant collage de la table.
Dans les deux cas, il faut vérifier que ce canal ne rencontre pas un insert de chevalet, une vis de manche ou une autre cavité située à une profondeur voisine.
Lorsqu’un blindage est prévu, il faut également pouvoir l’appliquer. Une feuille de cuivre demande des surfaces accessibles et des angles que l’on puisse réellement garnir. Une peinture conductrice s’accommode plus facilement des formes complexes, mais nécessite elle aussi une continuité électrique et un accès correct. Le principe du blindage est détaillé dans Masse et blindage. Il n’est toutefois pas nécessaire d’agrandir exagérément une cavité dans le seul but de faciliter son blindage. Le procédé doit s’adapter à la géométrie fonctionnelle du micro.
Cavité dédiée et données constructeur
Une grande cavité rectangulaire sous un pickguard peut avoir un intérêt évident sur un instrument conçu pour accepter plusieurs configurations de micros. Ce n’est pas automatiquement la meilleure solution lorsque l’équipement est déjà choisi. Près de la jonction du manche, du chevalet ou d’un système de vibrato, conserver davantage de matière peut être structurellement intéressant. Sur un corps très mince, la profondeur de la poche peut également rapprocher dangereusement son fond de la face arrière. L’approche définie dans Concevoir le corps reste donc valable : chaque cavité doit être considérée comme un volume tridimensionnel et confrontée aux autres volumes du projet.
Les deux solutions répondent à des objectifs différents. Une grande cavité masquée par un pickguard facilite le remplacement des micros et permet éventuellement de transformer plus tard une configuration SSS en HSS ou HSH sans reprendre le corps. Une cavité dédiée conserve davantage de matière et permet une intégration nettement plus propre lorsque le bois reste visible. Le choix dépend donc du cahier des charges. Sur un prototype ou un instrument destiné à évoluer, une certaine polyvalence est intéressante. Sur un instrument conçu autour de composants précisément définis, une cavité spécifique est généralement plus cohérente.
| Type de micro | Données à intégrer au plan |
|---|---|
| Simple type Strat | enveloppe, oreilles, trous de fixation, hauteur totale |
| Humbucker | corps ou capot, pattes, longueur des pattes, hauteur, sortie du câble |
| Trembucker / F-spacing | enveloppe, largeur magnétique, pattes et fixation |
| P-90 soapbar | contour du capot, profondeur, fixation et réglage en hauteur |
| P-90 dog-ear | contour complet, oreilles, fixation et hauteur |
| Soapbar basse | enveloppe exacte, rayons, trous de fixation, profondeur et couverture des cordes |
| Micro à lame | enveloppe extérieure et largeur utile du système magnétique |
| Micro actif | enveloppe, profondeur, connecteur, câble et alimentation |
| Montage sur cadre | dimensions du cadre, ouverture, fixations et hauteur |
| Montage sous pickguard | ouverture de plaque, fixation et course du micro sous la plaque |
| Montage direct | enveloppe visible, pattes, vis et système de réglage |
| Micro incrusté | contour apparent, jeu périphérique, rayons, poches cachées et finition |
Ces valeurs ne constituent pas des standards. Elles indiquent quelles informations rechercher dans la documentation du composant réellement choisi.
Pour intégrer un micro, je procéderais dans cet ordre :
- choisir la référence exacte du micro et récupérer son plan dimensionnel ;
- déterminer sa position longitudinale ;
- vérifier son centrage par rapport à la trajectoire des cordes ;
- contrôler l’espacement des plots ou la largeur de couverture magnétique ;
- définir son orientation ;
- déterminer la plage de hauteur nécessaire ;
- choisir le mode de fixation : pickguard, cadre, montage direct ou incrusté ;
- dessiner l’enveloppe visible lorsque celle-ci reste apparente ;
- ajouter séparément les dégagements cachés pour les pattes, vis, ressorts, mousse, connecteurs et câble ;
- définir les différentes profondeurs de défonce ;
- adapter les rayons intérieurs aux outils réellement disponibles ;
- ajouter le jeu de montage en tenant compte des tolérances et de la finition ;
- vérifier en coupe la matière restant sous le micro et autour des autres composants ;
- prévoir le cheminement des câbles ;
- contrôler enfin l’accès au réglage et au démontage.
Pour un micro incrusté, une étape supplémentaire mérite presque de devenir systématique : usiner d’abord la cavité complète dans une chute et essayer le micro réel. Cette éprouvette valide simultanément le jeu, les rayons, la fraise choisie, la profondeur et l’effet éventuel de la finition avant qu’une erreur ne devienne visible sur l’instrument.