Le manche

Après le corps, le manche est la seconde grande partie de la guitare électrique. Il relie la tête au corps, porte la touche et les frettes, et détermine en grande partie le confort de jeu et la précision avec laquelle on peut jouer. La longueur vibrante des cordes est définie par le sillet et les pontets du chevalet.

Trois éléments en un

Le terme « manche » désigne en réalité un ensemble composé de trois parties distinctes, chacune ayant un rôle précis :

ÉlémentRôleCe qu’il faut examiner
Le manche proprement ditLa pièce parcourue par la main qui frette.Largeur, épaisseur et profil du dos.
La têteElle reçoit les mécaniques et guide les cordes après le sillet.Trajet des cordes, angle de rupture et frottements ; la stabilité d’accordage dépend aussi du sillet.
La toucheLa surface qui accueille les frettes, rapportée ou usinée avec le manche.Rayon, matériau, finition et traitement des bords.

Un rôle décisif sur la jouabilité

Le manche ne se contente pas de tenir les cordes en tension. Il détermine :

ParamètreCe qu’il décritEffet pratique
Le diapasonLa longueur vibrante théorique entre le sillet et le chevalet.Tension pour une corde et une note données ; espacement des frettes.
L’actionLa hauteur des cordes au-dessus du sommet des frettes.Effort de jeu et marge disponible avant la frise.
Le profil et les dimensionsForme du dos, largeur et épaisseur du manche.Prise en main, à apprécier avec la morphologie et la technique du musicien.

Trois modes de construction

Le manche peut être assemblé au corps de différentes manières. Les différences les plus directement observables concernent la fabrication, l’entretien, la réparabilité et la forme de la transition vers les dernières frettes.

ConstructionAssemblageConséquence pratique
Vissé — bolt-onLe talon est maintenu dans une poche par des vis.Démontage et remplacement relativement accessibles ; angle parfois ajustable.
Collé — set-neckLe manche est collé dans une jonction ajustée au corps.Transition modelable ; démontage et grosses réparations plus délicats.
Traversant — neck-throughUne structure centrale se prolonge jusqu’à l’extrémité du corps ; les ailes sont collées de part et d’autre. Cette structure peut elle-même être multiplis.Continuité mécanique et talon discret ; manche et corps difficilement séparables.

Les détails de ces assemblages sont développés dans La jonction corps-manche. La prise en main est expliquée dans Le profil du manche.

Le truss rod, une pièce cachée mais essentielle

À l'intérieur du manche se trouve généralement une tige métallique appelée truss rod (ou âme du manche). Invisible à l'œil nu, le truss rod contrôle la courbure longitudinale, même si cette courbure influence indirectement l’action. C'est l'un des réglages les plus importants — et les plus mal compris — pour maintenir une guitare jouable dans la durée.

Stabiliser le manche

L’une des contraintes majeures lors de la construction d’un manche est l’instabilité naturelle du bois. Même correctement séché, celui-ci reste sensible aux variations d’humidité, de température et aux contraintes permanentes exercées par les cordes.

Plusieurs solutions permettent de limiter ces déformations.

La plus évidente consiste à renforcer le manche à l’aide de tiges en carbone disposées longitudinalement, généralement de part et d’autre du truss rod. Très rigides pour un poids réduit, elles augmentent la résistance du manche à la flexion et à la torsion.

Vigier a poussé ce principe beaucoup plus loin avec son système 90/10, constitué d’environ 90 % d’érable et 10 % de carbone. Le renfort est suffisamment important pour permettre de supprimer complètement le truss rod.

Cette solution offre une grande stabilité, mais elle a aussi une contrepartie : le relief du manche n’est plus réglable par un truss rod. On choisit donc le tirant et l’accordage en fonction du modèle et des possibilités annoncées par le constructeur. L’absence de truss rod n’impose pas à elle seule des cordes légères.

Une autre méthode très répandue consiste à réaliser un manche multiplis.

Au lieu d’utiliser une seule pièce de bois, le manche est débité longitudinalement en plusieurs bandes, souvent trois ou cinq, puis recollé. Certaines peuvent être retournées ou orientées de manière à ce que les tendances naturelles du bois à se déformer ne s’additionnent pas toutes dans la même direction.

Le but est d’obtenir une structure plus homogène et moins susceptible de vriller qu’une pièce massive présentant ses propres tensions internes.

Sur les instruments haut de gamme, cette technique devient également un élément esthétique. De fines lamelles de bois contrasté peuvent être intercalées entre les différentes pièces : érable, noyer, acajou, wengé ou autres essences.

Le manche multiplis remplit donc deux fonctions à la fois : augmenter la stabilité mécanique et créer un motif décoratif visible sur toute sa longueur.

Manche multiplis
Manche multiplis