Sept et huit cordes : élargir sans déformer

Ajoutez deux cordes à une six-cordes sans revoir son architecture : la main gauche doit couvrir une touche devenue trop large, la main droite cherche des repères différents et les cordes extrêmes peuvent sortir de la zone utile des micros. Une sept ou huit-cordes réussie ne se mesure pas au nombre de cordes qu'on a réussi à loger.

La largeur se calcule à partir des cordes

Pour huit cordes réparties régulièrement à 10,5 mm au chevalet, la distance entre les centres des deux cordes extrêmes atteint 73,5 mm : il y a sept intervalles, pas huit. Ce calcul ne donne pas la largeur du chevalet, encore moins celle du manche. Il faut ajouter les marges latérales, la forme des pontets et l'espace nécessaire aux mouvements du médiator.

Au sillet, l'entraxe est généralement plus étroit. La largeur de touche dépend donc de deux lignes extérieures qui ne sont pas parallèles. La marge entre corde extérieure et bord de frette doit rester suffisante pour éviter les sorties de corde lors des bends ou du vibrato des doigts. Dessiner d'abord la touche puis « caser » les cordes est une mauvaise manière de procéder.

Un manche élargi offre davantage de matière, mais il reçoit aussi plus de cordes et des charges qui peuvent être différentes. Sa rigidité dépend de la section, des essences, des laminations éventuelles et du renfort choisi. Deux tiges de réglage ne sont pas une obligation sur toute huit-cordes ; une seule n'est pas non plus une solution garantie. Il faut raisonner à partir de la géométrie réelle du manche et du système de réglage.

Le profil arrière mérite une maquette tactile. Pour une même largeur, un profil épais et arrondi peut paraître plus encombrant qu'un profil dont les épaules sont affinées ; l'inverse peut être vrai pour un musicien qui prend appui avec le pouce. Les différences de jeu sont souvent plus fortes qu'une variation modeste du radius.

Des composants choisis pour le nombre exact de cordes

La conception commence par trois compatibilités : le chevalet doit offrir l'entraxe et la compensation requis, les micros doivent couvrir toute la largeur utile des cordes, et les mécaniques doivent accepter les diamètres prévus, surtout pour les cordes graves. Un micro à plots fixes prévu pour six cordes ne devient pas automatiquement adapté à huit parce que son boîtier est assez long.

Le grave supplémentaire peut aussi obliger à revoir l'emplacement du micro manche : placé trop près d'une grande amplitude de vibration, il peut gêner le jeu ou imposer un réglage de hauteur extrême. Le rayon de la touche, celui des pontets et la hauteur des cordes doivent rester compatibles.

Enfin, une huit-cordes très large et très longue peut être physiquement jouable sans être confortable. Un tracé grandeur nature avec les espacements réels est souvent plus instructif qu'un tableau de spécifications. Pour la question distincte des diapasons différents selon les cordes, voir Dessiner une guitare multidiapason.