Découper et détourer un corps de guitare électrique
C'est probablement l'une des étapes les plus satisfaisantes de la fabrication : un panneau de bois encore anonyme prend enfin la silhouette d'une guitare. Les cornes, les courbes de la taille et les lignes du corps apparaissent progressivement, révélant la forme imaginée lors de la conception.
Mais découper un corps et le détourer sont deux opérations différentes. La première consiste à enlever l'essentiel de la matière inutile. La seconde permet d'obtenir le contour définitif, avec la précision et la qualité de surface nécessaires aux étapes suivantes.
Il est possible de réaliser ces opérations avec une scie sauteuse et quelques outils à main, une scie à ruban, une défonceuse guidée par un gabarit ou une CNC. Le choix de l'outillage influence la méthode, mais le résultat recherché reste identique : une silhouette fidèle au plan, sans arrachement important et dont les chants sont correctement préparés pour la suite de la fabrication.
Un contour définitif, mais pas encore une finition
À ce stade, le corps a été assemblé et mis à l'épaisseur. Ses faces constituent des références fiables, sur lesquelles le plan ou le gabarit peut être positionné.
Avant de tracer la silhouette, il faut toutefois décider quelles opérations seront réalisées sur l'ébauche encore rectangulaire.
Une grande planche est facile à immobiliser. Ses chants droits peuvent servir de références et sa surface offre suffisamment de place pour installer des serre-joints.
Une fois le corps détouré, certains de ces avantages disparaissent.
Il peut donc être préférable de réaliser certaines cavités avant le contour extérieur, notamment lorsqu'elles nécessitent un bridage important ou des références qui deviendraient difficiles à retrouver.
À l'inverse, travailler le contour en premier permet parfois de mieux positionner les éléments par rapport à la silhouette réelle de l'instrument.
La chronologie dépend du projet et des moyens disponibles. Le détourage ne doit pas faire disparaître une référence ou une surface de maintien encore nécessaire.
Reporter la silhouette sur l'ébauche
Commencez par placer le plan à l'échelle réelle ou le gabarit sur la face de référence du corps.
L'axe longitudinal de l'instrument doit correspondre à celui qui a été défini lors du traçage.
Sur un corps asymétrique, cet axe ne passe pas nécessairement par le centre apparent de la silhouette. Il peut également être décalé par rapport au joint de collage.
Vérifiez que le contour reste entièrement inscrit dans l'ébauche et que les marges disponibles sont suffisantes.
Profitez-en pour observer une dernière fois la position des défauts du bois.
Un petit nœud situé dans une chute n'aura aucune importance. Le même défaut placé dans l'extrémité d'une corne étroite peut fragiliser la pièce ou provoquer un arrachement pendant l'usinage.
Tracer les deux faces
Lorsque la découpe doit traverser une épaisseur importante, reporter le contour sur les deux faces facilite le contrôle.
Cette précaution est particulièrement utile avec une scie sauteuse, dont la lame peut dévier dans l'épaisseur du bois.
Une coupe apparemment correcte sur la face supérieure peut se trouver plusieurs millimètres à l'intérieur du tracé sur la face inférieure.
Les repères sur les deux faces permettent de constater cette déviation avant qu'elle ne compromette le contour définitif.
Ils ne corrigent cependant pas un défaut de guidage : il faudra toujours conserver une marge suffisante pour la reprise.
Découper d'abord, détourer ensuite
La découpe d'approche doit laisser suffisamment de matière pour le travail de finition.
Avec une scie sauteuse ou une scie à ruban, une réserve de quelques millimètres autour du tracé constitue souvent un point de départ raisonnable.
La marge exacte dépend de la précision de la scie, de l'épaisseur du corps et de la méthode prévue pour le détourage.
Elle doit surtout rester régulière.
Si la découpe laisse dix millimètres de matière à un endroit et presque rien à un autre, la reprise sera plus difficile à maîtriser.
Il faut toutefois éviter de conserver systématiquement une réserve excessive. Une fraise à copier travaille plus facilement lorsqu'elle n'a qu'une faible quantité de bois à enlever.
Le sciage d'approche doit donc préparer le travail de finition, pas simplement enlever quelques morceaux aux extrémités du panneau.
Découper à la scie sauteuse
La scie sauteuse est souvent le premier outil disponible dans un atelier amateur.
Elle permet de suivre la plupart des courbes d'un corps de guitare, à condition d'employer une lame adaptée à l'épaisseur et à l'essence du bois.
Une lame trop fine ou trop souple peut fléchir pendant la coupe.
C'est particulièrement sensible dans les bois épais, les courbes serrées et les changements brusques de direction.
Choisir la lame
Pour découper un corps massif, il faut une lame dont la longueur utile dépasse suffisamment l'épaisseur de la pièce et dont la rigidité convient au travail.
Une lame large est généralement plus stable dans les trajectoires rectilignes, mais elle tourne moins facilement dans les petits rayons.
Une lame étroite permet de suivre des courbes plus serrées, au prix d'une stabilité parfois moindre.
La denture doit être adaptée au bois travaillé. Une denture agressive évacue rapidement la matière, mais peut produire davantage d'éclats.
Le mouvement pendulaire, lorsqu'il existe, accélère généralement la coupe. Il peut cependant augmenter les arrachements ou compliquer le suivi de certaines courbes.
Le réglage doit donc être choisi en fonction du résultat recherché, et non uniquement de la vitesse de travail.
Garder la semelle bien à plat
Pendant la découpe, la semelle de la scie doit rester correctement appuyée sur le bois.
Il faut éviter de forcer latéralement sur la lame pour lui faire suivre une courbe trop serrée.
Lorsque la machine résiste au changement de direction, mieux vaut élargir la trajectoire ou effectuer une coupe de dégagement plutôt que de contraindre la lame.
Les parties étroites des cornes et les courbes concaves demandent une attention particulière.
On peut les approcher par plusieurs coupes successives, en conservant suffisamment de matière pour terminer proprement la forme.
La pièce doit être soutenue et immobilisée sans gêner le passage de la lame sous le panneau. Il faut vérifier l'absence de serre-joints, de vis ou d'éléments de l'établi dans sa trajectoire.
Découper à la scie à ruban
La scie à ruban convient particulièrement bien au détourage d'approche d'un corps massif.
Sa lame travaille verticalement à travers la pièce et permet de suivre des contours courbes avec une bonne continuité.
Le choix de la largeur de lame reste important.
Une lame large est adaptée aux coupes relativement droites, tandis qu'une lame plus étroite permet de suivre des rayons plus petits.
Il existe toutefois une limite : une lame ne peut pas suivre un rayon inférieur à sa capacité de courbure sans subir des efforts latéraux importants.
Vouloir tourner trop serré peut provoquer une déviation, un coincement ou une détérioration de la lame.
Les coupes de dégagement
Sur un corps comportant des courbes concaves profondes, comme la taille ou l'intérieur des cornes, il peut être intéressant de pratiquer des coupes de dégagement dans les zones destinées à être éliminées.
Ces coupes permettent à certaines chutes de se détacher progressivement et évitent qu'une grande quantité de bois reste coincée entre la lame et le contour.
Elles doivent être planifiées pour ne pas atteindre le tracé définitif.
Il ne faut pas chercher à libérer une chute coincée en tirant ou en reculant brutalement la pièce pendant que la lame tourne.
En cas de blocage, on arrête la machine et on attend l'arrêt complet avant d'intervenir.
Le maintien de la pièce
Le corps doit reposer de manière stable sur la table de la scie.
Le guide-lame supérieur est réglé aussi près que possible de la surface du bois, conformément aux instructions de la machine.
Les mains doivent rester hors de la trajectoire de la lame, notamment lors des dernières portions d'une coupe, lorsque la résistance du bois peut diminuer brusquement.
Pour les zones difficiles, il faut privilégier un dispositif de guidage ou de poussée adapté plutôt que d'approcher les doigts de la lame.
La découpe doit rester progressive. Une scie qui ralentit fortement ou une lame qui dévie signale que les conditions de coupe doivent être revues.
Les cornes et les courbes serrées
Certaines silhouettes demandent davantage de préparation que d'autres.
Une Telecaster présente principalement de grandes courbes et des transitions relativement ouvertes. Une Stratocaster comporte des cornes et une taille plus marquées.
D'autres modèles, notamment certaines guitares de type Explorer ou des formes très anguleuses, possèdent des pointes longues et des changements de direction importants.
Ces caractéristiques influencent la manière de découper le bois.
Ne pas fragiliser les pointes
Une pointe étroite peut devenir fragile lorsqu'une grande partie de la matière qui l'entoure a été supprimée.
Il est parfois préférable de conserver temporairement une réserve autour de cette zone et de ne terminer sa forme qu'une fois le reste du corps suffisamment préparé.
La direction du fil intervient également.
Une pointe dont les fibres se prolongent dans la longueur résiste généralement mieux qu'une pointe taillée avec un fil fortement transversal.
Il faut donc éviter d'exercer une pression latérale importante sur ces parties pendant le sciage, le fraisage ou le ponçage.
Les angles rentrants
Une scie sauteuse ou une scie à ruban ne permet pas toujours de reproduire directement un angle intérieur très serré.
Il est préférable de conserver une petite marge et de reprendre cette zone avec un outil approprié.
Une râpe, une lime, un ciseau à bois ou un racloir peut permettre de terminer une partie difficile d'accès.
La solution dépend de la forme et du sens des fibres.
L'objectif n'est pas de forcer une machine dans une géométrie pour laquelle elle n'est pas adaptée.
Terminer le contour à la main
Une fois le sciage d'approche terminé, le corps peut être amené à sa forme définitive sans utiliser de défonceuse.
Cette méthode demande davantage de travail, mais permet un contrôle progressif de la matière enlevée.
Pour les courbes convexes, une râpe de qualité permet d'approcher efficacement le tracé.
Les courbes concaves peuvent être travaillées avec des râpes adaptées, des limes demi-rondes ou d'autres outils dont la forme correspond à la zone.
Un racloir permet ensuite de corriger les petites irrégularités et d'améliorer l'état de surface.
Conserver des chants perpendiculaires
Il est assez facile de suivre correctement un tracé sur la face supérieure tout en inclinant progressivement le chant.
Le corps peut alors présenter un contour différent sur sa face arrière.
Pour éviter cette erreur, il faut contrôler régulièrement la perpendicularité des chants par rapport aux faces.
Une petite équerre permet de vérifier les parties relativement droites. Sur les courbes, le contrôle peut nécessiter un moyen adapté à leur géométrie.
Les reprises doivent être effectuées progressivement, sans chercher à corriger tout le défaut d'un seul côté.
Le ponçage ne remplace pas le façonnage
Une cale abrasive est utile pour éliminer les traces d'outil, mais elle n'est pas toujours adaptée pour retirer une quantité importante de matière.
Un ponçage prolongé peut arrondir les arêtes, créer des creux ou modifier la forme prévue.
Il est plus efficace d'obtenir d'abord une géométrie correcte avec un outil de coupe, puis de réserver l'abrasif à l'amélioration de la surface.
Une courbe bien travaillée à la râpe et au racloir peut nécessiter très peu de ponçage.
Détourer à la défonceuse avec un gabarit
Le gabarit permet de reproduire précisément le contour choisi, à condition que sa géométrie ait été vérifiée et qu'il soit solidement immobilisé.
Sa fabrication a été abordée dans l'article consacré aux gabarits de lutherie.
Pour le détourage, on utilise généralement une fraise guidée par roulement, dont le diamètre de coupe correspond à celui du roulement.
Le roulement suit le gabarit ou une surface déjà usinée, tandis que les arêtes coupantes enlèvent la matière restante.
Cette méthode permet d'obtenir un contour régulier et reproductible. Elle demande cependant davantage de préparation qu'un simple sciage.
Vérifier la fixation
Le gabarit doit rester immobile pendant toute l'opération.
La pression exercée par la fraise sur le bois peut être importante, particulièrement lorsque la réserve laissée au sciage est irrégulière.
Un système de fixation adapté doit donc résister aux efforts latéraux et aux vibrations.
Les serre-joints offrent une fixation mécanique claire, mais peuvent gêner le passage de la machine.
Des vis placées dans des zones qui seront éliminées lors d'usinages ultérieurs peuvent également être utilisées, à condition qu'elles ne puissent jamais rencontrer la fraise.
Le ruban adhésif double face ou la technique associant ruban de masquage et cyanoacrylate peuvent convenir à certains montages, mais leur tenue doit être évaluée en fonction de la surface disponible et des efforts prévisibles.
Il ne faut jamais considérer une fixation adhésive comme suffisante par principe.
Contrôler l'appui de la défonceuse
La semelle doit rester stable sur toute la trajectoire.
À proximité des cornes ou des zones concaves, sa surface d'appui peut se réduire sensiblement.
Une défonceuse qui bascule risque de creuser le chant et de détériorer le gabarit.
Un support auxiliaire ou une semelle élargie adaptée peut améliorer la stabilité.
Il faut également vérifier que la machine ne rencontrera aucun obstacle au cours de son déplacement.
Ce contrôle s'effectue avant la mise en rotation de la fraise.
Travailler sur toute l'épaisseur du corps
Un corps massif peut mesurer environ 45 mm d'épaisseur, alors que la longueur de coupe utile de la fraise est inférieure.
Il n'est pas nécessaire, ni souhaitable, de chercher à enlever toute cette hauteur en une seule passe.
Une première partie du chant peut être détourée avec une fraise adaptée, en utilisant le gabarit comme référence.
Selon la fraise et le montage disponibles, la pièce peut ensuite être retournée pour poursuivre l'opération depuis l'autre face.
Le roulement suit alors une surface déjà usinée et contrôlée.
Cette méthode exige de vérifier plusieurs points :
- la correspondance entre le diamètre du roulement et celui de la fraise ;
- la longueur de coupe réellement disponible ;
- l'appui de la machine et le maintien du corps après retournement ;
- la continuité du contour déjà usiné ;
- l'absence de contact entre la fraise, le gabarit, l'établi et les fixations.
Il ne faut pas augmenter exagérément la sortie d'une fraise hors de sa pince pour gagner quelques millimètres de profondeur.
La longueur d'engagement de la queue doit respecter les instructions du fabricant, et l'outil doit être conçu pour les conditions de coupe envisagées.
Si la combinaison de fraise et de machine ne permet pas de travailler correctement toute l'épaisseur, une autre méthode doit être choisie.
Le sens de fraisage et le risque d'arrachement
Le bois possède une direction de fibres qui peut changer tout autour du corps.
Lorsqu'une fraise travaille sur une courbe, l'angle entre les arêtes coupantes et les fibres évolue constamment.
Une zone peut être parfaitement nette tandis qu'une autre présente des éclats.
Ces arrachements sont particulièrement fréquents dans certaines transitions entre courbes concaves et convexes, ainsi qu'à proximité des extrémités des fibres.
Travailler en opposition
Avec une défonceuse portative, le fraisage en opposition constitue la méthode normale : l'avance de la machine s'oppose à l'effort d'entraînement produit par la rotation de la fraise.
Cette méthode permet de conserver un meilleur contrôle de l'outil.
Le fraisage en avalant, où la rotation tend à entraîner la machine dans la direction de l'avance, présente un risque important de déplacement brusque.
Il ne doit pas être improvisé pour éviter un arrachement.
Certains professionnels emploient des techniques particulières pour travailler les bois difficiles, avec des outils et des montages adaptés. Ces pratiques exigent une maîtrise spécifique et ne doivent pas être présentées comme une solution ordinaire pour un débutant.
Lorsqu'une zone du corps risque de s'arracher, la première réponse consiste à réduire la matière à enlever, vérifier l'affûtage et adapter la méthode de finition.
Une reprise manuelle peut être préférable à une passe de défonceuse difficile à contrôler.
Les fraises à coupe hélicoïdale
Certaines fraises possèdent des arêtes hélicoïdales qui modifient la manière dont le bois est coupé.
Selon le sens de l'hélice, elles peuvent avoir tendance à diriger les copeaux vers le haut ou vers le bas.
Des modèles combinent des directions de coupe opposées afin de limiter les éclats sur les deux faces d'un panneau.
Ces fraises peuvent améliorer la qualité de surface dans certaines conditions, mais ne suppriment pas les risques liés au sens des fibres, à la profondeur de passe et au maintien de la pièce.
Elles doivent également être compatibles avec la défonceuse utilisée et respecter les limites de vitesse prévues par le fabricant.
Le détourage à la CNC
Avec une CNC, le contour est généralement défini directement à partir du dessin numérique.
La machine peut suivre une trajectoire calculée, en tenant compte du diamètre de l'outil et de la matière à enlever.
Cela permet de reproduire des formes complexes avec une grande régularité, particulièrement lorsque plusieurs corps doivent être fabriqués.
La difficulté principale se situe souvent moins dans le tracé que dans le maintien de la pièce.
Ne pas libérer le corps trop tôt
Pendant le détourage, la matière périphérique contribue à immobiliser l'ébauche.
Lorsque la fraise traverse complètement le panneau, le corps peut se retrouver séparé de cette matière.
Si le maintien n'a pas été prévu en conséquence, la pièce peut bouger ou être entraînée par l'outil.
Plusieurs stratégies sont possibles.
Les attaches de maintien, ou tabs, consistent à conserver de petites portions de matière entre le corps et les chutes. Elles sont supprimées après l'usinage.
La peau résiduelle, parfois appelée onion skin, consiste à laisser une faible épaisseur de bois au fond du contour, qui sera ensuite retirée.
Ces méthodes ne remplacent pas un bridage sûr : elles doivent être intégrées à une stratégie de maintien validée pour la machine, la matière et les efforts de coupe.
Une table à dépression peut également maintenir la pièce, mais son efficacité dépend de la surface réellement exposée au vide, de l'étanchéité et de la perte éventuelle de surface de maintien pendant l'usinage.
Ébauche et finition
La CNC permet de distinguer une passe d'ébauche et une passe de finition.
La première enlève l'essentiel de la matière en conservant une faible surépaisseur.
La seconde reprend le contour avec un effort de coupe réduit afin d'améliorer la précision et l'état de surface.
Les valeurs doivent être adaptées à l'essence, au diamètre de fraise, à la rigidité de la machine et à la tenue de la pièce.
Il n'existe pas de profondeur de passe ou d'avance universelle pour tous les corps de guitare.
Une stratégie qui fonctionne dans le tilleul peut se comporter différemment dans un érable dense ou fortement figuré.
Il faut également tenir compte du sens du fil et des zones où les fibres risquent de s'arracher.
La commande numérique facilite la répétabilité, mais elle ne garantit pas automatiquement une surface sans défaut.
Les erreurs de géométrie à surveiller
Le contour extérieur n'a pas partout besoin de la même précision.
Une légère irrégularité dans une grande courbe décorative peut souvent être corrigée sans conséquence fonctionnelle.
En revanche, certaines zones doivent conserver leurs dimensions et leur orientation.
La jonction corps-manche
Sur une guitare à manche vissé ou collé, la géométrie du logement et sa relation avec l'axe longitudinal sont essentielles.
Il faut éviter de modifier sans contrôle la matière disponible autour de cette zone pendant le détourage.
Les contours extérieurs voisins de la jonction influencent également l'accès aux dernières frettes et, dans certains projets, la forme du talon.
Les cornes
Les cornes doivent conserver la forme prévue, mais aussi suffisamment de matière dans les zones étroites.
Un défaut de sciage corrigé en creusant excessivement une courbe peut modifier l'équilibre visuel du corps.
Sur certaines silhouettes, quelques millimètres de différence suffisent à changer sensiblement la forme d'une pointe.
La taille du corps
La transition entre les parties convexes et concaves doit rester régulière.
Un changement brusque de courbure peut produire une facette visible même après ponçage.
Pour vérifier cette continuité, on peut utiliser le gabarit, un éclairage rasant et l'observation du profil sous plusieurs angles.
Reprendre les chants après détourage
Une fois le contour obtenu, le corps présente généralement des marques de sciage, de fraisage ou de ponçage.
Il faut distinguer les défauts de surface des erreurs géométriques.
Une trace superficielle de fraise peut être éliminée avec un racloir ou une cale abrasive.
Une bosse ou un creux important ne doit pas être corrigé par un ponçage généralisé qui modifierait toute la courbe.
Examiner la perpendicularité
Les chants doivent correspondre à la géométrie prévue.
Sur un corps dont les côtés sont perpendiculaires aux faces, une inclinaison peut indiquer un défaut de sciage, un basculement de la défonceuse ou une erreur de réglage de la machine.
Il faut rechercher la cause avant d'enlever davantage de matière.
Certaines constructions prévoient volontairement des chants inclinés ou des transitions particulières. Dans ce cas, la référence reste le plan, et non une perpendicularité imposée systématiquement.
Préserver les arêtes
À ce stade, les arêtes entre les faces du corps et son contour doivent généralement rester suffisamment nettes pour permettre les opérations suivantes.
Il ne faut pas les arrondir prématurément au papier abrasif.
Les rayons périphériques, les chanfreins et les contours ergonomiques seront réalisés après les usinages qui nécessitent encore ces références.
Une arête trop arrondie peut compliquer l'appui d'un gabarit ou modifier le résultat d'une fraise à roulement.
Les défauts les plus fréquents
| Défaut | Cause possible | Correction ou prévention |
|---|---|---|
| Contour différent sur les deux faces | Lame de scie sauteuse déviée | Conserver une marge et contrôler les deux faces |
| Courbe présentant des facettes | Sciage ou reprise irrégulière | Régulariser progressivement à la râpe ou au racloir |
| Éclats au voisinage d'une corne | Sens des fibres, effort de coupe excessif | Réduire l'enlèvement et adapter la méthode |
| Chant incliné | Mauvais guidage ou basculement de l'outil | Contrôler l'appui et la perpendicularité |
| Traces de brûlure | Frottement, outil inadapté ou émoussé, avance incorrecte | Vérifier l'outil et les conditions de coupe |
| Décalage entre deux passes de fraise | Perte de référence ou mauvais repositionnement | Contrôler le gabarit et les surfaces d'appui |
| Contour décalé par rapport au manche | Mauvais report de l'axe | Reprendre les références avant l'usinage |
| Pièce déplacée pendant la coupe | Bridage insuffisant | Prévoir un maintien mécanique adapté |
Il faut garder à l'esprit qu'un défaut situé à l'extérieur du contour prévu peut souvent être éliminé.
Un enlèvement excessif à l'intérieur du tracé est beaucoup plus difficile à corriger sans modifier la forme de l'instrument.
Sécurité : organiser le geste avant de mettre la machine en marche
Le détourage combine plusieurs facteurs de risque : pièces volumineuses, courbes serrées, changements de direction et proximité des mains avec les outils coupants.
La méthode doit permettre de conserver un contrôle stable pendant toute l'opération.
Avant d'utiliser une scie à ruban, assurez-vous que le corps peut être déplacé sur toute sa trajectoire sans perdre son appui sur la table.
Le protecteur de lame doit être correctement réglé. Les mains ne doivent jamais se trouver dans l'axe de coupe, particulièrement lorsqu'une chute se détache.
Avec une scie sauteuse, la pièce doit être immobilisée et soutenue de manière à éviter les vibrations et la fermeture du trait de scie.
Avec une défonceuse, le corps et le gabarit doivent être fixés de manière fiable. La semelle doit conserver un appui suffisant et les efforts de coupe doivent rester compatibles avec la machine.
Le changement de fraise et les réglages mécaniques s'effectuent alimentation déconnectée.
Les outils motorisés ne doivent pas être utilisés dans des positions instables ou lorsqu'une blessure, une douleur ou une limitation de mobilité empêche de les maîtriser normalement.
L'aspiration des poussières doit être prévue au plus près de leur émission, et les équipements de protection adaptés à la machine et à l'opération.
Si une zone du contour ne peut pas être usinée dans des conditions satisfaisantes, il est préférable de la reprendre à la main ou d'employer un autre dispositif.
Le bon procédé n'est pas celui qui enlève le bois le plus vite, mais celui qui permet d'atteindre la forme recherchée en conservant la maîtrise de l'outil et de la pièce.
Quand le corps est-il prêt pour les cavités ?
Le détourage est terminé lorsque la silhouette correspond au plan, que les chants présentent la géométrie prévue et que les défauts susceptibles de perturber les opérations suivantes ont été éliminés.
Il n'est pas encore nécessaire de préparer les surfaces pour la finition.
Les cavités des micros, de l'électronique et les autres usinages peuvent encore demander des manipulations et des dispositifs de maintien.
Conservez donc les axes et les repères utiles aussi longtemps que possible.
Avant de passer à l'étape suivante, replacez le plan ou le gabarit sur le corps et vérifiez la cohérence de la silhouette avec la position du manche et du chevalet.
Le corps possède désormais sa forme extérieure. Les opérations suivantes vont lui donner ses fonctions : accueillir les micros, l'électronique, les éléments mécaniques et les différents passages nécessaires à l'assemblage.
Références techniques
INRS — Scies à ruban à table (ED 6316). Brochure technique en français consacrée aux dispositifs de protection, au guidage des pièces et aux risques de contact avec la lame.
https://www.inrs.fr/dam/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-6316.pdf
Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail — Scies à ruban. Recommandations en français sur le contrôle des machines, les conditions de coupe et les interventions en cas de coincement.
https://www.cchst.ca/oshanswers/safety_haz/woodwork/band_saw.html
Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail — Toupies (défonceuses portatives). Immobilisation des pièces, réglage des outils, sens de coupe et limitation des efforts d'usinage.
https://www.cchst.ca/oshanswers/safety_haz/power_tools/router.html
Festool — Affleurage de chants droits. Exemple d'application en français montrant la préparation d'une affleureuse, l'essai préalable et le fraisage en opposition.
https://www.festool.fr/savoir/exemples-d%E2%80%99applications/fraisage-de-couvre-chants-affleurants