Pickguards, plaques et attaches
Sur une Telecaster, la plaque des contrôles rend le circuit facilement démontable. Sur une Stratocaster, c’est le pickguard entier qui porte une partie de l’électronique. Une plaque n’est pas seulement une tache de couleur sur le corps : elle possède une épaisseur, des vis et parfois un bord que l’on doit usiner.
Pickguard et vis : prévoir la matière
Un pickguard peut remplir plusieurs fonctions simultanément. Il protège la surface, participe au dessin visuel et peut supporter micros, sélecteur, potentiomètres ou autres composants. Dans ce dernier cas, il devient une véritable pièce structurelle de l’assemblage électronique. Son contour doit donc être conçu en relation avec les cavités qu’il recouvre et avec les composants qui le traversent. Un pickguard ne devrait pas simplement masquer une cavité en laissant ses vis tomber où elles peuvent.
Lorsque la cavité située dessous est importante, certaines vis périphériques peuvent facilement se retrouver au-dessus du vide. Leur position doit donc être définie après superposition du contour de la cavité et de celui du pickguard. La distance par rapport au bord du pickguard compte également. Une vis placée trop près du bord peut fissurer certains matériaux ou produire un résultat visuel irrégulier. Les vis participent à la lecture graphique de la pièce. Une disposition régulière et cohérente est généralement préférable à une succession de positions choisies uniquement pour éviter les cavités. Cela demande de penser simultanément forme de la plaque, forme de la cavité et implantation des fixations.
Un micro suspendu au pickguard ne se trouve pas à la même hauteur si celui-ci fait 1 mm ou plusieurs millimètres d’épaisseur. La longueur des vis de micro, la plage des ressorts et la hauteur disponible sous la plaque doivent rester compatibles. Même chose pour un sélecteur ou un potentiomètre traversant la plaque. Cette épaisseur peut sembler faible par rapport à celle du corps, mais elle fait partie de la chaîne dimensionnelle. Sur une plaque multicouche avec chanfrein périphérique, le dessin doit également prévoir la largeur nécessaire pour produire correctement le biseau sans rencontrer les vis ou les découpes voisines.
Le pickguard doit rester dégagé des parties mobiles. Sur une guitare équipée d’un vibrato, il ne doit pas gêner la plaque du chevalet ni le déplacement des pontets. Autour d’un Tune-O-Matic, il doit laisser accès aux molettes ou aux vis de réglage selon l’architecture. Le contour situé près du manche doit également permettre le démontage de celui-ci si le projet le prévoit. Un pickguard peut donc parfaitement suivre une forme très serrée autour des composants, mais ce choix réduit les marges de maintenance. Comme pour les micros incrustés, le jeu visible doit être dessiné, pas laissé au hasard de la découpe.
Plaques de contrôle et jack
Une plaque métallique ou plastique regroupant plusieurs contrôles facilite leur montage et leur démontage. Elle permet aussi d’utiliser une grande cavité relativement simple sous une surface proprement découpée. La Telecaster illustre bien ce principe, mais il peut être appliqué à des conceptions entièrement originales. Les potentiomètres et sélecteurs doivent néanmoins tenir sous la plaque et leurs écrous doivent disposer de suffisamment de surface. Si la plaque est encastrée, il faut ajouter une feuillure correspondant à son épaisseur et prévoir un jeu périphérique régulier. Là encore, une pièce affleurante transforme un simple accessoire en élément précis de menuiserie.
Nous avons déjà étudié le volume du jack dans Concevoir l’électronique et les contrôles. Son support extérieur appartient maintenant à l’accastillage. Une plaque rectangulaire, une cuvette de type Stratocaster, une plaque carrée de type Les Paul ou un autre support impose des vis et parfois une défonce spécifique. Sur une tranche fortement arrondie ou chanfreinée, une plaque plane peut ne pas reposer correctement. La position du jack doit donc être choisie en tenant compte à la fois de sa géométrie intérieure et de la surface extérieure sur laquelle sa plaque sera installée.
Attaches-sangle et strap-locks
Un bouton de sangle transmet une partie importante du poids de l’instrument à une seule vis. Il ne devrait donc pas être implanté dans une mince languette de bois ou au bord d’une grande cavité. La longueur de la vis, son diamètre et le bois disponible derrière elle doivent être contrôlés. Les systèmes de verrouillage renforcent encore cette exigence. Schaller propose par exemple ses S-Locks avec trois longueurs de filetage : 18, 22 et 27 mm, et plusieurs diamètres suivant la version. Schaller S-Locks — guide d’installation et dimensions Ce n’est donc pas simplement un bouton que l’on visse là où la sangle paraît bien tomber.
Le bouton arrière est généralement placé dans une zone assez évidente du corps. Celui du côté manche peut avoir beaucoup plus d’influence sur la manière dont l’instrument se place une fois porté. Sa position modifie le point de suspension, donc l’angle naturel de l’instrument. Elle ne permet pas de corriger miraculeusement un instrument très déséquilibré, mais elle participe à son comportement. Ce problème sera traité plus complètement dans Ergonomie, poids et équilibre. À ce stade, il suffit de prévoir plusieurs positions possibles et de conserver suffisamment de matière aux endroits susceptibles de recevoir le bouton.
Le mécanisme installé sur la sangle est plus volumineux qu’une simple ouverture dans le cuir. Il faut s’assurer que le système peut venir s’engager et se dégager sans toucher fortement le corps. Sur une fixation profondément encaissée dans une corne ou placée près d’un décrochement, le mécanisme de la sangle peut manquer de dégagement. Les S-Locks Schaller utilisent par exemple un bouton de 12 mm de diamètre auquel vient se verrouiller la partie portée par la sangle. (schaller.info) Il faut donc considérer non seulement la vis dans le bois mais aussi l’enveloppe du système une fois la sangle installée.
Ferrules et fixation du manche
Nous avons déjà rencontré les ferrules de cordes traversantes dans Intégrer le chevalet, le cordier et le vibrato. Le même principe s’applique aux autres pièces insérées dans le bois : ferrules de fixation du manche, bagues, inserts, œillets ou douilles. Chacune possède un diamètre extérieur, une profondeur et parfois une collerette. Un perçage prévu uniquement d’après le diamètre d’une vis ne suffit donc pas. Lorsque plusieurs ferrules sont alignées, leur position relative devient en outre très visible. Le plan doit contenir les centres exacts et le procédé de fabrication devra conserver cet alignement.
Sur un manche vissé, une plaque métallique répartit les efforts des vis sur une surface relativement importante. Des ferrules individuelles permettent une intégration visuellement plus discrète et peuvent faciliter certains chanfreins de talon. Les deux solutions n’imposent pas la même géométrie. Une plaque demande une surface suffisamment plane pour porter correctement sur le corps. Des ferrules exigent plusieurs logements indépendants et suffisamment de matière autour de chacun d’eux. Cette décision appartient donc à la conception de la jonction et devrait être cohérente avec Concevoir la jonction corps-manche. Il ne s’agit pas seulement de remplacer une plaque par quatre rondelles après avoir terminé le corps.