Trappes, visserie et détails visibles
Une trappe parfaitement affleurante peut être plus difficile à réussir qu’une grande cavité cachée. Son contour doit rester régulier malgré la finition, et son système de fermeture doit être accessible. Voici les petites décisions qui donnent à l’arrière d’une guitare l’apparence d’un ensemble pensé, plutôt que d’une addition d’accessoires.
Trappes encastrées et fermetures magnétiques
Les cavités de l’électronique, des ressorts de vibrato ou des batteries peuvent recevoir des plaques de fermeture. Dans Concevoir l’électronique et les contrôles, nous avons vu comment créer leur feuillure et conserver les zones nécessaires aux vis. Il reste ici à considérer la plaque comme une pièce visible. Son contour, son matériau, sa couleur, son épaisseur et le dessin de ses fixations participent à l’aspect du dos de l’instrument. Une plaque noire rectangulaire vissée sur un corps naturel très travaillé peut sembler parfaitement acceptable ou totalement étrangère au projet selon l’intention esthétique. Cette décision mérite d’être prise avant la finition.
Une plaque posée sur la surface masque facilement de petites imprécisions de découpe. Une plaque incrustée affleurante ne les pardonne pas. Le jeu périphérique devient visible, les rayons de la feuillure doivent correspondre au contour de la plaque et sa profondeur doit être adaptée à son épaisseur réelle. La logique est exactement la même que pour les micros incrustés : la pièce et son logement constituent ensemble le dessin visible. Lorsque la plaque est fabriquée spécialement pour l’instrument, il est même souvent préférable de produire plaque et gabarit à partir du même dessin CAO.
Une trappe sans vis peut être maintenue par des aimants. Cette solution produit une surface très propre, mais ne supprime pas les contraintes de fixation : elle les déplace. Les aimants nécessitent leurs propres logements, avec une profondeur adaptée. La pièce opposée doit elle aussi contenir des aimants ou des éléments ferromagnétiques correctement alignés. Il faut éviter que le collage de ces petites pièces soit la seule chose qui garantisse leur positionnement. Des logements précisément usinés rendent le montage plus reproductible. L’accès permettant de retirer la plaque doit également être prévu : encoche, petit dégagement ou autre méthode permettant de la soulever sans attaquer la finition avec un outil.
Une plaque arrière couvrant la cavité des ressorts peut être entièrement fermée ou comporter des ouvertures pour les cordes. La première solution protège davantage l’intérieur mais demande généralement de déposer la plaque pour changer les cordes sur certains systèmes. La seconde facilite l’accès mais impose de positionner précisément les ouvertures par rapport au bloc du vibrato dans toutes les positions nécessaires. Le dessin doit donc être cohérent avec la manière dont l’instrument sera entretenu. Une grande fente approximative fonctionne, mais si l’objectif est une conception soignée, elle doit être placée à partir de la trajectoire réelle des cordes.
Visserie et effets de la finition
Les petites vis sont souvent choisies à la toute fin. C’est une erreur lorsqu’elles traversent une faible épaisseur de bois ou lorsqu’elles se trouvent près d’un bord. Diamètre, longueur, type de tête et filetage doivent correspondre à leur fonction. Une vis de pickguard n’a pas les mêmes contraintes qu’une vis de bouton de sangle. Une vis de mécanique et une vis de plaque arrière ne sollicitent pas le bois de la même manière. Il faut aussi prévoir le diamètre du trou pilote. Un trou trop petit peut fendre le bois ou arracher une petite vis au serrage. Un trou trop grand ne permet pas au filetage de tenir correctement.
Schaller recommande explicitement d’adapter le diamètre de préperçage de ses S-Locks à la nature du bois et déconseille le serrage forcé. (schaller.info) La cote finale doit donc être déterminée d’après la vis réelle et le matériau dans lequel elle sera installée.
Une épaisseur de finition paraît négligeable à l’échelle du corps mais peut devenir importante autour d’une pièce ajustée. Une ferrule pressée dans un trou, une plaque incrustée, une bague de mécanique ou un cache affleurant peuvent ne plus entrer correctement si le logement a été usiné exactement à la cote finale avant application d’une finition épaisse. À l’inverse, masquer complètement un logement pendant la finition peut laisser apparaître une ligne de bois brut autour d’une pièce dont le diamètre réel est légèrement inférieur. Cette question sera reprise dans Penser la finition dès la conception, mais elle doit déjà être anticipée pour toutes les pièces dont l’ajustement est visible.
Un langage visuel et des références précises
Chrome, nickel, noir, doré, satiné ou vieilli ne modifient pas nécessairement les cotes, mais leur combinaison influence fortement la perception de l’instrument. Le même principe vaut pour les formes. Des mécaniques très modernes, de petits boutons minimalistes et des plaques fortement inspirées des années 1950 peuvent parfaitement être associés si c’est intentionnel. Si ce mélange résulte simplement de choix successifs indépendants, le résultat paraît souvent moins cohérent. L’accastillage devrait donc être considéré comme une famille de composants. Cette cohérence visuelle n’interdit évidemment pas de mélanger fabricants et technologies. Elle signifie simplement que la décision doit être faite à l’échelle de l’instrument plutôt que pièce par pièce.
Comme pour les chevalets et les micros, le dossier du projet devrait conserver les références des pièces importantes. Une mention telle que « mécaniques à blocage » n’est pas suffisante pour reproduire un instrument. Il faut connaître le modèle, la longueur de fût, l’orientation, éventuellement la configuration gauche/droite et les dimensions utilisées pour réaliser les perçages. Même chose pour un strap-lock, une ferrule ou une plaque spécifique. Certains fabricants publient encore des modèles 3D ou des plans PDF, ce qui facilite énormément la conception CAO. Ces fichiers doivent néanmoins rester associés à la référence exacte et être vérifiés si le projet est fabriqué plusieurs années plus tard.
| Élément | Données utiles au plan |
|---|---|
| Mécanique guitare | diamètre de perçage, épaisseur de tête admise, carter, vis, bouton et enveloppe de rotation |
| Mécanique basse | mêmes données, avec encombrement et masse généralement supérieurs |
| Mécanique à blocage | encombrement du système de verrouillage et accès à sa molette |
| D-Tuner / Xtender | fixation, enveloppe complète du levier et course du mécanisme |
| Guide-cordes | position, hauteur, largeur, vis et trajectoire des cordes |
| Barre de retenue | position, hauteur, diamètre et fixations |
| Cache de truss rod | ouverture utile, contour, fixations et accès à l’outil |
| Pickguard | contour, épaisseur, découpes, vis, composants supportés et dégagements |
| Plaque de contrôles | contour, épaisseur, perçages, feuillure éventuelle et fixations |
| Plaque de jack | surface d’appui, ouverture, vis et compatibilité avec le jack |
| Bouton de sangle | position, longueur et diamètre de fixation, matière disponible |
| Strap-lock | fixation dans le corps et enveloppe du mécanisme porté par la sangle |
| Plaque de manche | dimensions, surface d’appui, passages de vis |
| Ferrules de manche | diamètre, profondeur, position et matière restante |
| Plaque de cavité | contour, épaisseur, feuillure, vis ou aimants |
| Plaque de vibrato | contour, ouvertures de cordes et accès aux réglages |
Je procéderais ainsi :
- choisir les références d’accastillage qui influencent directement les perçages ou les cavités ;
- importer ou redessiner leurs dimensions réelles dans le plan ;
- implanter les mécaniques et vérifier les trajectoires des cordes depuis le sillet ;
- contrôler les deux faces de la tête, l’épaisseur disponible et la rotation des boutons ;
- ajouter les guide-cordes ou barres de retenue seulement si la géométrie le nécessite ;
- vérifier les accessoires particuliers, notamment mécaniques à blocage et D-Tuners, sur toute leur course ;
- dessiner pickguard, plaques et caches à leur taille réelle ;
- superposer leurs vis avec les cavités situées dessous ;
- positionner les attaches-sangle en vérifiant à la fois la matière disponible et la géométrie de suspension ;
- intégrer les ferrules, inserts et plaques de jonction ;
- définir les jeux et feuillures des pièces affleurantes ;
- vérifier l’accès à toutes les vis, écrous, clés et mécanismes ;
- contrôler la compatibilité avec la finition prévue ;
- conserver enfin les références et documents dimensionnels utilisés avec le plan de l’instrument.
Lorsque toutes ces opérations sont terminées, le corps et la tête ne contiennent plus de petits éléments « à ajouter plus tard ». Chaque pièce possède déjà une position, une fixation et un espace de fonctionnement.