Coil split et coil tap
Les termes coil split et coil tap sont très souvent employés comme s’ils désignaient la même chose.
Ce n’est pas le cas.
Le split concerne principalement les humbuckers : on neutralise une de leurs deux bobines pour ne conserver que l’autre.
Le coil tap, lui, consiste à prendre le signal à un point intermédiaire d’une bobine, avant la fin de son enroulement. On utilise donc seulement une partie des spires disponibles.
Dans les deux cas, le niveau et la réponse du micro changent, mais électriquement les deux procédés n’ont presque rien à voir.
Le coil split
Un humbucker traditionnel comporte deux bobines.
Dans le câblage série classique, le signal traverse successivement les deux :
bobine 1 → bobine 2 → sortie
Pour effectuer un split, on neutralise l’une d’elles.
On entend souvent dire que le commutateur « déconnecte » une bobine. C’est possible, mais le montage le plus courant fait quelque chose de légèrement différent : il court-circuite une des bobines en reliant le point de jonction entre les deux bobines à la masse.
PRS décrit d’ailleurs explicitement le split comme la mise hors service d’une bobine en la court-circuitant vers la masse.
Il ne reste alors qu’une seule bobine réellement active.
Le humbucker devient donc, électriquement, un simple bobinage.
Que se passe-t-il lorsque l’on splitte un humbucker ?
La première conséquence est généralement une diminution du niveau de sortie.
C’est assez logique : une seule bobine produit désormais le signal au lieu de deux.
Le son devient également plus clair et la réponse se rapproche de celle d’un simple bobinage.
Mais cela ne signifie pas qu’un humbucker splitté devient miraculeusement une Stratocaster.
La bobine restante conserve sa propre géométrie, son nombre de spires, son système magnétique et sa position sous la corde. Un humbucker Gibson splitté reste très différent d’un micro Strat traditionnel.
La valeur des potentiomètres peut également accentuer cette différence. Un humbucker fonctionne fréquemment avec des potentiomètres de 500 kΩ, alors qu’un simple bobinage Fender traditionnel est souvent associé à 250 kΩ. Une bobine splittée qui reste chargée par 500 kΩ peut donc paraître particulièrement brillante.
Et le bruit ?
Un humbucker utilise ses deux bobines pour supprimer une grande partie du ronflement électromagnétique.
Lorsque l’une d’elles est neutralisée, cette annulation disparaît.
Le micro se comporte alors réellement comme un simple bobinage et retrouve également l’un de ses défauts : le hum.
Seymour Duncan le résume de la même manière : le split laisse une bobine fonctionner seule, avec le bruit associé à un véritable simple bobinage.
Il existe néanmoins un cas intéressant.
Sur une guitare équipée de plusieurs micros, la bobine conservée après le split peut parfois être combinée avec un autre simple bobinage possédant la polarité magnétique et le sens électrique appropriés. Les deux peuvent alors former ensemble une paire hum-cancelling.
C’est notamment utilisé sur certaines guitares HSS (Humbucker – Single – Single : un humbucker au chevalet et deux simples) ou HSH (Humbucker – Single – Humbucker : deux humbuckers séparés par un simple).
Ces abréviations décrivent simplement la disposition des micros : S pour single coil, H pour humbucker. On rencontre ainsi SSS, HSS, HSH, HH, etc.
Comment réaliser un split ?
Pour pouvoir splitter un humbucker, il faut avoir accès à la liaison entre ses deux bobines.
Avec un humbucker moderne à quatre conducteurs, chaque extrémité des deux bobines est accessible séparément.
Cela donne quatre fils principaux :
début bobine 1
fin bobine 1
début bobine 2
fin bobine 2
auxquels s’ajoute souvent un fil de blindage.
En fonctionnement normal en série, la fin d’une bobine est reliée au début de l’autre. Cette connexion constitue le point de jonction des deux bobines.
Pour réaliser le split, un interrupteur relie ce point à la masse.
La bobine située entre cette jonction et la masse se retrouve alors court-circuitée. Ses deux extrémités sont pratiquement au même potentiel et elle ne participe plus utilement au signal.
L’autre bobine reste active.
C’est tout le principe.
Un potentiomètre push-pull est souvent utilisé pour réaliser cette commutation, mais il n’a rien de particulier électriquement : sa partie interrupteur remplit exactement le même rôle qu’un mini-switch.
Pour splitter un seul humbucker, une seule fonction marche/arrêt suffit. Les push-pull disponibles étant généralement équipés d’un interrupteur DPDT, on dispose simplement de contacts supplémentaires.
Avec deux humbuckers, les deux parties du DPDT peuvent en revanche être utilisées pour splitter les deux micros simultanément.
Fralin publie par exemple plusieurs câblages de ce type, pour un ou deux humbuckers commandés par un même push-pull.
Attention aux couleurs des fils
Il n’existe pas de code couleur universel pour les humbuckers.
Le noir, le rouge, le blanc ou le vert n’ont pas nécessairement la même fonction chez Seymour Duncan, DiMarzio, Gibson ou un autre fabricant.
Il faut donc toujours consulter le schéma du constructeur avant de sortir le fer à souder.
Deviner les connexions d’un humbucker à partir de la couleur de ses fils constitue une excellente manière de découvrir de nouvelles sonorités. Pas nécessairement celles que l’on cherchait.
Quelle bobine conserver ?
Un split peut généralement être câblé de manière à conserver l’une ou l’autre des deux bobines.
Ce choix n’est pas totalement anodin.
Les deux bobines ne sont pas exactement au même endroit sous les cordes. Sur un humbucker chevalet, par exemple, la bobine située du côté du manche ne capte pas exactement la même vibration que celle située plus près du chevalet.
Le choix peut également devenir important lorsqu’on souhaite associer la bobine restante à un autre micro afin d’obtenir une combinaison hum-cancelling.
Il faut alors tenir compte à la fois de la polarité magnétique et du sens électrique.
La combinaison des polarités est détaillée dans Phase et polarité.
Le partial split
Tous les humbuckers ne donnent pas un résultat particulièrement convaincant une fois splittés.
Sur un humbucker relativement peu bobiné, chaque bobine utilisée seule peut produire un signal assez faible.
Une solution consiste à ne pas neutraliser complètement la seconde bobine.
Au lieu de relier directement la jonction des bobines à la masse, on insère une résistance.
Une partie du signal de la seconde bobine reste alors présente.
C’est ce que l’on appelle généralement un partial split.
Fralin utilise par exemple ce procédé pour ses humbuckers à faible niveau de sortie et explique qu’une résistance placée dans le chemin vers la masse empêche la seconde bobine d’être complètement court-circuitée.
Le résultat se situe quelque part entre le humbucker complet et le véritable split :
le niveau chute moins, la seconde bobine continue à contribuer partiellement au signal, et une partie de l’annulation du bruit peut subsister.
La valeur de la résistance n’est pas universelle. Elle dépend du micro et du résultat recherché.
Il ne faut donc pas transformer une valeur trouvée sur le schéma d’une guitare particulière en nouvelle constante fondamentale de l’électronique.
Le coil tap
Le coil tap fonctionne autrement.
Lors de la fabrication de la bobine, un fil supplémentaire est connecté à un point intermédiaire de l’enroulement.
Imaginons une bobine comportant 8 000 spires.
On peut, par exemple, installer une dérivation après 6 000 spires, puis continuer l’enroulement jusqu’à 8 000.
On dispose alors de deux possibilités :
utiliser les 8 000 spires ;
ou prendre le signal sur la dérivation et n’en utiliser que 6 000.
C’est cela, un véritable coil tap.
Fender et Seymour Duncan donnent la même définition : le signal est prélevé à un point intermédiaire de l’enroulement plutôt qu’à son extrémité.
Avec moins de spires actives, le niveau de sortie diminue, l’inductance baisse et la réponse devient généralement plus claire.
Contrairement au split, aucune seconde bobine ne doit nécessairement être supprimée, puisqu’un tap peut parfaitement être réalisé sur un simple bobinage.
C’est même historiquement l’un de ses usages les plus évidents : fabriquer un micro fortement bobiné tout en permettant de retrouver un niveau plus faible par l’intermédiaire d’une dérivation.
Peut-on faire un coil tap sur un humbucker ?
Oui.
Le terme ne signifie pas « technique réservée aux simples bobinages ».
Une ou plusieurs bobines d’un humbucker peuvent parfaitement comporter une dérivation intermédiaire.
Certains fabricants utilisent aujourd’hui des systèmes de ce type. PRS distingue d’ailleurs officiellement le tap du split et décrit son système actuel de tap comme l’utilisation d’une partie d’une bobine tandis que l’autre bobine reste active.
Il faut donc retenir la définition électrique plutôt que la forme du micro :
split : on neutralise une bobine ;
tap : on utilise une dérivation située à l’intérieur d’un enroulement.
Pourquoi les deux termes sont-ils constamment confondus ?
Parce que le vocabulaire commercial de la guitare n’a jamais été particulièrement discipliné.
Pendant des décennies, de nombreux fabricants, revendeurs et guitaristes ont utilisé « coil tap » pour parler d’un humbucker dont une bobine était simplement désactivée.
Le terme est tellement répandu qu’il est encore possible de trouver des guitares décrites comme « coil tapped » alors que leur schéma montre clairement un split.
La seule manière d’être certain de ce qui se passe réellement consiste donc à regarder le câblage du micro et le schéma du circuit.
Le bouton, lui, ne sait pas comment le fabricant a décidé d’appeler la fonction dans la brochure.
Split, parallèle et tap
Ces possibilités peuvent toutes modifier le niveau et la réponse d’un humbucker. Elles n’agissent pourtant pas de la même manière.
| Fonction | Ce que le câblage change | Annulation du hum |
|---|---|---|
| Coil split | Une bobine est neutralisée ; l’autre capte seule les cordes. | Généralement perdue pour le micro seul. |
| Partial split | Une bobine contribue encore partiellement au signal. | Réduction généralement moins complète que dans le humbucker entier. |
| Deux bobines en parallèle | Les deux bobines restent utilisées, reliées aux mêmes points de sortie. | Peut être conservée avec les polarités prévues. |
| Coil tap | Le signal est prélevé à une dérivation de l’enroulement. | Dépend des bobines utilisées et du circuit ; le nom « tap » ne le garantit pas. |
Le bouton peut produire des résultats proches à l’oreille, mais le schéma permet de savoir quelle opération est réellement effectuée.
Et si vous voulez aller plus loin…
Le comportement parfois décevant d’un humbucker splitté devient plus facile à comprendre lorsqu’on revient à la construction du micro.
Un humbucker traditionnel n’est pas constitué de deux micros Strat complets que l’on aurait simplement placés côte à côte.
Chaque bobine a été conçue comme une partie d’un ensemble.
Une fois isolée, elle peut donc présenter une inductance et un niveau de sortie nettement inférieurs à ceux d’un simple bobinage conçu dès l’origine pour fonctionner seul.
C’est également pour cette raison que certains humbuckers fortement bobinés donnent des splits plus convaincants que des modèles à faible niveau de sortie.
Le partial split, les bobines asymétriques ou les véritables systèmes de coil tap constituent différentes manières de contourner ce problème.
Mais dans tous les cas, la distinction de départ reste extrêmement simple :
Splitter, c’est neutraliser une bobine. Taper, c’est prélever le signal avant la fin d’un enroulement.
Et pour une fois dans l’électronique de guitare, deux mots différents décrivent réellement deux choses différentes.