Aligner le manche, le chevalet et les micros
Avant de percer le chevalet, tendez provisoirement deux cordes extrêmes : elles révèlent aussitôt si le manche, le talon et le chevalet partagent réellement le même axe. Cette vérification devient particulièrement utile sur un corps offset dont le contour ne donne pas de centre visuel évident.
La jonction ne doit jamais dicter l’axe
Une fois la géométrie des cordes construite, l'axe du manche devient évident. Le neck pocket doit être dessiné autour de cet axe. Il ne faut pas commencer par placer une poche approximativement au centre du corps puis espérer que le manche pointera naturellement vers le chevalet. Sur un manche vissé, un très léger jeu latéral permet parfois d'affiner l'alignement au montage. C'est utile, mais cela ne doit pas servir à compenser un dessin erroné. Sur un manche collé ou traversant, cette possibilité de correction devient encore plus limitée.
Le chevalet est centré sur le système de cordes. Sur une forme de corps parfaitement symétrique, les deux choses peuvent coïncider visuellement. Sur une Jazz Bass, une offset, une Explorer ou un dessin totalement original, la notion de centre du contour peut être beaucoup moins pertinente. L'axe fonctionnel doit relier le manche et le système de cordes. Le contour du corps vient ensuite s'organiser autour. C'est le même principe que celui présenté dans Définir son projet de guitare :
Implanter les micros à partir des cordes
L'alignement des micros mérite évidemment d'être contrôlé, particulièrement lorsqu'ils utilisent des plots individuels. Mais il ne faut pas construire la géométrie du manche autour des plots d'un micro choisi arbitrairement. Les champs magnétiques ne se limitent pas à la surface visible des plots, et un léger décentrage d'une corde n'entraîne pas automatiquement une chute significative de niveau. Certains humbuckers existent néanmoins avec plusieurs espacements de plots précisément pour mieux accompagner les différents espacements de chevalets. La priorité reste donc :
cordes → manche → chevalet, puis choix ou positionnement du micro compatible. Avec un micro à lame, la question de l'alignement visuel des plots disparaît pratiquement.
Sur une basse quatre cordes à environ 19 mm entre cordes, les deux cordes extérieures se trouvent près de 57 mm l'une de l'autre au chevalet. Warwick indique par exemple 57 mm de couverture pour un micro MEC MM quatre cordes prévu pour 19 mm d'espacement. Warwick Une basse cinq cordes très étroite à 16,5 mm et une autre à 19 mm peuvent en revanche présenter des faisceaux de cordes sensiblement différents. Il faut donc vérifier la largeur utile des micros, particulièrement avec des plots individualisés. Là encore, « micro cinq cordes » ne constitue pas une cote.
Certains chevalets de basse permettent de déplacer légèrement les pontets latéralement. C'est une possibilité particulièrement intéressante lors d'une conception personnalisée, car elle permet d'ajuster la relation entre largeur du manche et espacement des cordes après assemblage. Sur le MR5S utilisé par certaines Ibanez, le constructeur indique par exemple une possibilité d'ajustement latéral des pontets de ±1,5 mm. Ibanez guitars Cette possibilité ne dispense pas d'établir correctement la géométrie, mais elle offre une marge que ne possède pas un chevalet à pontets latéralement fixes.
Contrôler l’alignement et choisir ses écarts
Même lorsque tout a été correctement dessiné, il existe une vérification d'une simplicité difficile à battre : monter provisoirement le manche et le chevalet puis tendre deux fils ou deux vieilles cordes aux positions extérieures. On voit immédiatement :
- si les deux cordes suivent correctement les bords de touche ;
- si leur marge reste cohérente ;
- si le manche est légèrement tourné ;
- si le chevalet est décalé.
Cette vérification est particulièrement utile avant le perçage définitif des inserts ou la fixation d'un manche. Sur une basse, elle devient encore plus parlante en raison de la largeur importante du faisceau de cordes. Une mesure correcte reste évidemment nécessaire, mais la géométrie grandeur nature permet de détecter instantanément certaines erreurs que l'on peut facilement manquer sur un écran.
Dans un projet entièrement personnel, on peut au contraire décider de ne respecter aucune famille existante. On peut choisir un manche particulièrement large, un espacement de basse inhabituel, sept ou huit cordes, un talon propriétaire ou un chevalet constitué de pontets individuels. Les systèmes à pontets séparés, notamment sur certaines basses modernes et architectures headless, offrent d'ailleurs une liberté intéressante : l'écartement de chaque corde peut être défini directement par le concepteur au lieu d'être imposé par une embase commune. Dans ce cas, le processus est simplement inversé. On ne choisit plus le manche pour qu'il corresponde au chevalet, on définit l'espacement souhaité puis on sélectionne ou fabrique les composants capables de le réaliser.
Sur une guitare ou une basse multiscale, les pontets ne se trouvent plus sur une même ligne transversale, puisque chaque corde possède son propre diapason. L'architecture longitudinale devient donc plus complexe, mais la logique transversale reste la même : position de chaque corde au sillet, position au chevalet, marge avec les bords de touche et largeur nécessaire du manche. Une Ibanez SRMS cinq cordes actuelle associe par exemple des diapasons allant de 34 à 35,5", un sillet de 45 mm, une largeur de 68 mm à la 24e frette et un espacement de 16,5 mm au chevalet. Ibanez guitars
À ce stade, une bonne partie de la guitare ou de la basse peut déjà être définie sans avoir encore dessiné sa silhouette définitive. On doit connaître le diapason, le nombre de cordes, la largeur du sillet, leur espacement réel à cet endroit, l'espacement au chevalet, la largeur de touche recherchée, la largeur du talon et la famille de jonction éventuellement retenue. À partir de ces informations, les deux cordes extérieures peuvent être tracées et le contour fonctionnel du manche construit. C'est seulement après que le neck pocket, les micros, les cavités et le corps viennent s'organiser autour de ces références.