Préparer l'ébauche du manche
La fabrication d'un manche commence par la préparation d'une ébauche dont les dimensions et l'orientation permettront de réaliser la tête, la touche et le talon. Contrairement au corps, le manche est une pièce longue et relativement étroite, soumise à des efforts permanents une fois les cordes installées.
La qualité de sa préparation conditionne donc la précision des usinages suivants. Une face de référence irrégulière, un axe mal positionné ou une ébauche insuffisamment stable peuvent compromettre l'ensemble de la fabrication.
Définir la construction du manche
Avant de débiter le bois, il faut déterminer la construction retenue. Un manche d'une seule pièce ne demande pas la même ébauche qu'un manche multiplis ou qu'un modèle à tête inclinée rapportée.
| Construction | Préparation de l'ébauche |
|---|---|
| Manche monobloc | Une seule pièce constitue la structure principale du manche. Elle doit offrir suffisamment de matière pour le profil et le talon. |
| Manche à tête rapportée | L'ébauche est préparée pour recevoir une tête assemblée par enture oblique, ou scarf joint. |
| Manche multiplis | Plusieurs bandes longitudinales sont dressées et collées pour former une ébauche commune. |
| Manche traversant | L'ébauche se prolonge à travers le corps jusqu'à sa partie centrale. Sa longueur et ses références doivent intégrer les futures ailes du corps. |
Ces constructions ne sont pas nécessairement exclusives : un manche multiplis peut également recevoir une tête rapportée ou traverser le corps.
Le choix doit être arrêté avant la mise aux dimensions, puisqu'il détermine la quantité de bois nécessaire et les surfaces qui serviront aux assemblages.
Examiner et orienter le bois
La sélection générale des essences, leur humidité et leur débit ont déjà été abordés dans les articles « Bois de lutherie : séchage, humidité et acclimatation » et « Débiter le bois d'une guitare ».
Pour une ébauche de manche, l'attention porte particulièrement sur la continuité du fil.
Les fibres doivent, autant que possible, suivre l'axe longitudinal de la pièce. Un fil fortement dévié ou un nœud situé dans une zone étroite peut créer une faiblesse locale.
L'orientation des cernes constitue un autre critère. Le débit sur quartier est souvent recherché pour sa stabilité dimensionnelle et sa rigidité dans certaines directions, mais un débit sur dosse correctement choisi peut également convenir. La rectitude du fil et l'absence de défauts importants restent essentielles.
Sur une ébauche destinée à recevoir une tête inclinée taillée dans la masse, la disposition des fibres au niveau de la transition entre manche et tête demande une attention particulière. Cette zone peut présenter un fil court susceptible de favoriser une rupture.
La préparation d'une tête rapportée permet d'adopter une orientation des fibres différente dans chaque élément.
Préparer les ébauches multiplis
Un manche multiplis est constitué de plusieurs bandes de bois assemblées longitudinalement.
Cette technique permet de combiner différentes essences et de choisir leur orientation avant collage. Elle peut également contribuer à obtenir une structure stable, à condition que les pièces soient correctement sélectionnées et assemblées.
Les bandes sont débitées avec une légère surépaisseur, puis leurs faces de collage sont dressées.
Un montage à blanc permet de vérifier leur alignement et la régularité des joints. Les bandes doivent rester en contact sur toute leur longueur sans nécessiter une pression excessive.
Il faut également contrôler leur orientation avant collage, particulièrement lorsque les bois présentent des veinages différents.
Les principes de préparation des surfaces, de choix de la colle et de serrage sont détaillés dans « Collage en lutherie : choisir sa colle et réussir ses assemblages ».
Après collage, l'ébauche est laissée au repos avant d'être dressée à ses dimensions de préparation.
Dresser les faces de référence
Une fois l'ébauche constituée, il faut établir les surfaces qui serviront aux opérations d'usinage.
La première est généralement la face supérieure du manche, sur laquelle sera collée la touche ou dans laquelle celle-ci sera directement réalisée.
Cette surface doit être plane et suffisamment régulière pour servir de référence au canal du truss rod.
Une seconde face, perpendiculaire à la première, peut servir à positionner les gabarits et à contrôler l'orientation des usinages.
Le dressage peut être réalisé à la dégauchisseuse, au rabot manuel ou à l'aide d'un montage de surfaçage adapté.
Il faut éviter de chercher immédiatement l'épaisseur finale. Une légère réserve de matière permet de corriger les petites déformations qui pourraient apparaître après les premières passes.
Le contrôle s'effectue avec une règle de précision et une équerre adaptée à la longueur de la pièce.
Tracer l'axe longitudinal
L'axe central constitue la référence principale pour la fabrication du manche.
Il permet de positionner le truss rod, la touche, la tête et le talon. Il doit donc être établi avec davantage de soin qu'un simple trait de découpe.
L'axe est reporté sur la face supérieure de l'ébauche, puis prolongé sur ses extrémités lorsque leur géométrie le permet.
Sur un manche multiplis symétrique, le joint central peut constituer un repère pratique, à condition que les bandes aient été assemblées conformément au plan.
Sur une ébauche monobloc, l'axe est déterminé à partir de la géométrie prévue pour le manche et de l'orientation du fil, sans supposer que les bords bruts sont parfaitement parallèles.
Il faut conserver ce repère aussi longtemps que possible. Si une opération d'usinage doit le faire disparaître, des marques de référence secondaires doivent être prévues.
Mettre l'ébauche aux dimensions de préparation
L'ébauche peut maintenant être approchée de ses dimensions, en conservant les réserves nécessaires aux opérations suivantes.
Il faut notamment prévoir :
- La largeur maximale du manche, y compris le talon.
- L'épaisseur nécessaire au profil arrière.
- La longueur disponible pour la tête et son éventuel assemblage.
- La matière nécessaire à la réalisation du talon et de la jonction avec le corps.
La découpe du contour extérieur peut être amorcée à la scie à ruban, mais il est généralement préférable de conserver des flancs droits tant que les opérations qui exigent un appui stable ne sont pas terminées.
Le canal du truss rod, notamment, est plus facile à usiner sur une ébauche dont les faces de référence sont encore régulières.
Pour un manche traversant, les dimensions de préparation doivent aussi intégrer les surfaces destinées à recevoir les ailes du corps.
Une fois le dégrossissage terminé, l'ébauche est contrôlée à nouveau. Si elle présente une déformation, il faut en rechercher la cause et vérifier qu'une correction reste possible sans compromettre les dimensions finales.
Vérifier l'ébauche avant les usinages de précision
Avant de commencer les opérations suivantes, quatre points méritent une vérification :
| Contrôle | Objectif |
|---|---|
| Planéité de la face supérieure | Garantir une référence fiable pour la touche et le truss rod. |
| Rectitude de l'axe | Éviter les décalages entre la tête, la touche et le talon. |
| Dimensions disponibles | Conserver suffisamment de matière pour le profil définitif. |
| Stabilité de l'ébauche | Détecter une déformation apparue après le débit ou le collage. |
Une ébauche correctement préparée ne ressemble pas encore à un manche terminé. Elle constitue avant tout une pièce stable, aux références identifiées, sur laquelle les usinages de précision pourront être réalisés sans devoir compenser les défauts du bois brut.