Produits d’entretien et consommables
Les outils ne représentent qu’une partie de l’équipement nécessaire à l’entretien d’une guitare. Chiffons, nettoyants, polish, lubrifiants, huiles, abrasifs ou rubans adhésifs sont utilisés presque quotidiennement dans un atelier, parfois sur des instruments dont la finition a plusieurs dizaines d’années.

Le problème est que tous ces produits ne sont pas interchangeables. Un nettoyant parfaitement adapté à un vernis polyuréthane récent peut être beaucoup moins recommandable sur une nitrocellulose ancienne, un produit destiné à une touche en palissandre n’a rien à faire sur une touche érable vernie, et un polish peut améliorer une finition brillante tout en ruinant volontairement l’aspect d’un vernis satiné.
Avant d’appliquer quoi que ce soit, il faut donc commencer par identifier la surface sur laquelle on travaille.
Les chiffons
Le consommable le plus utilisé dans l’atelier reste probablement le chiffon.
Pour l’entretien courant, les chiffons en microfibre propre conviennent à la majorité des opérations : poussière, traces de doigts, nettoyage léger et polissage. Il est utile d’en réserver plusieurs à des usages différents, car un chiffon ayant servi avec un polish abrasif ne devrait plus être utilisé pour simplement dépoussiérer une guitare.
Les vieux tissus en coton doux peuvent également convenir, à condition qu’ils ne comportent ni couture dure, ni bouton, ni fermeture susceptible de rayer la finition.
La propreté du chiffon est au moins aussi importante que sa matière. Une microfibre contenant quelques particules de poussière abrasive peut produire davantage de micro-rayures qu’un chiffon théoriquement moins adapté mais parfaitement propre.
Il est donc préférable de disposer de plusieurs chiffons et de séparer clairement ceux utilisés pour :
- le nettoyage de la finition ;
- le polish ;
- les parties métalliques ;
- la touche ;
- les travaux salissants.
Nettoyer avant de polir
Nettoyer et polir sont deux opérations différentes.
Le nettoyage consiste à retirer poussières, transpiration, dépôts gras et salissures. Le polish intervient ensuite pour améliorer l’état optique d’une surface en atténuant certaines micro-rayures ou en ravivant son brillant.
Sur une guitare régulièrement entretenue, un chiffon légèrement humide suffit souvent pour le nettoyage courant, suivi immédiatement d’un séchage avec un chiffon propre.
Lorsque les dépôts sont plus importants, un nettoyant spécialement prévu pour les instruments constitue généralement le choix le plus simple, mais même dans ce cas il faut vérifier sa compatibilité avec la finition.
Le fait qu’un produit porte la mention « guitar cleaner » ne signifie pas nécessairement qu’il convient à toutes les guitares jamais produites.
Les polish
Un polish contient généralement des agents permettant de nettoyer et/ou d’effectuer une abrasion extrêmement fine de la surface.
Sur un vernis brillant, il peut éliminer ou atténuer les traces légères, l’oxydation superficielle et certaines micro-rayures. Les défauts plus profonds nécessitent en revanche une véritable opération de ponçage et de polissage, que nous aborderons avec les finitions.
Un polish doit être utilisé avec beaucoup plus de prudence sur :
- une finition ancienne ;
- une nitrocellulose fortement craquelée ;
- un instrument relic ;
- une finition très mince ;
- une finition satinée ou mate.
Le cas des finitions satinées est particulièrement important. Leur aspect provient de la manière dont la surface diffuse la lumière. En la frottant ou en utilisant un polish, on peut progressivement la rendre brillante. Ce phénomène apparaît d’ailleurs naturellement aux endroits fréquemment touchés par le musicien.
On ne « ravive » donc pas une finition satinée avec un polish comme on le ferait avec un vernis brillant.
Les produits automobiles
Une grande partie des techniques de finition utilisées sur les guitares électriques provient historiquement de l’industrie automobile, et certains produits automobiles peuvent effectivement être utilisés en lutherie.
Cela ne signifie pas pour autant qu’un polish automobile quelconque soit approprié.
Certains produits contiennent des cires, silicones ou additifs destinés à laisser une protection durable sur une carrosserie. Ils peuvent être indésirables sur un instrument, notamment lorsqu’une réparation ou une reprise de finition doit être réalisée ultérieurement.
Le silicone constitue en particulier un contaminant très gênant pour le peintre, car de faibles traces peuvent provoquer des défauts lors de l’application d’une nouvelle finition.
Dans le doute, un produit dont la composition et l’usage sont connus est préférable à un produit ménager ou automobile choisi uniquement parce qu’il « fait briller ».
La touche : une surface particulière
Toutes les touches ne s’entretiennent pas de la même manière.
Une touche en érable verni doit être considérée avant tout comme une surface vernie. Sauf usure laissant le bois à nu, elle ne nécessite normalement pas d’être huilée.
Les touches en palissandre, ébène, pau ferro et autres bois généralement laissés sans film de finition peuvent en revanche être nettoyées puis recevoir occasionnellement une très petite quantité de produit conditionneur adapté.
Le but n’est pas d’imbiber le bois.
Une touche n’a pas besoin d’être saturée d’huile pour rester en bon état. Une application excessive laisse surtout une surface grasse, attire les poussières et peut s’accumuler autour des frettes.
« Huile de citron »
Le terme lemon oil, souvent traduit par « huile de citron », prête facilement à confusion.
Les produits vendus pour l’entretien des touches sous cette appellation ne correspondent pas nécessairement à de l’huile essentielle de citron pure. Leur formulation dépend du fabricant et peut notamment comprendre des huiles minérales et différents additifs.
Il faut donc considérer « lemon oil » comme une désignation commerciale à vérifier produit par produit, et non comme une recette.
Les huiles essentielles concentrées et les produits ménagers parfumés au citron ne doivent pas être assimilés aux conditionneurs prévus pour les instruments.
Pour une touche non vernie, une application très parcimonieuse d’un produit adapté suffit généralement, puis l’excédent est retiré avec un chiffon.
Huiler n’est pas finir
Il faut également distinguer les produits d’entretien des véritables huiles de finition.
Une huile minérale utilisée ponctuellement pour entretenir une touche ne polymérise pas comme une huile siccative destinée à former ou renforcer une finition.
À l’inverse, l’huile de lin, l’huile de tung et certains mélanges commerciaux peuvent durcir par polymérisation et modifier progressivement la surface.
Nous avons déjà rencontré cette distinction dans la partie consacrée aux finitions huilées : entretenir une touche et réaliser une finition à l’huile sont deux opérations différentes.
Nettoyer les frettes
Lorsque les cordes sont retirées, il est possible de nettoyer et éventuellement de repolir les frettes.
Selon leur état, on peut utiliser :
- un polish métallique adapté ;
- des abrasifs très fins ;
- des gommes abrasives ;
- des systèmes de type Micro-Mesh ;
- différents produits spécialisés pour les frettes.
Il faut protéger la touche lorsque le produit utilisé risque de l’abraser ou de la contaminer.
La laine d’acier est traditionnellement utilisée par certains techniciens, mais elle présente un inconvénient important sur une guitare électrique : elle produit de minuscules particules ferreuses qui sont irrésistiblement attirées par les aimants des micros.
Ces particules peuvent se retrouver autour des plots et pénétrer dans les interstices du micro. Des abrasifs synthétiques permettent généralement d’éviter ce problème.
Si l’on utilise malgré tout de la laine d’acier, les micros doivent être soigneusement protégés, mais dans un atelier moderne il existe rarement une raison impérative de la préférer aux alternatives non métalliques.
Les parties métalliques
Chevalets, mécaniques, boutons, plaques et autres éléments métalliques accumulent transpiration, poussière et oxydation.
Le traitement dépend cependant fortement du revêtement.
Une pièce chromée ne se comporte pas comme du nickel, un placage doré peut être extrêmement mince, et une pièce volontairement vieillie ne doit évidemment pas être polie comme une pièce neuve.
Avant d’utiliser un polish métallique, il faut donc déterminer si l’objectif est réellement d’enlever l’oxydation ou simplement de nettoyer la surface.
Une opération destinée à « faire revenir le brillant » peut également supprimer une partie de la patine d’un instrument ancien.
Les lubrifiants
Une petite quantité de lubrifiant peut améliorer le fonctionnement de certains éléments mécaniques, mais le lubrifiant ne doit pas devenir une manière de masquer un mauvais réglage.
Le cas le plus fréquent concerne le sillet. Des produits à base de graphite, PTFE ou autres formulations spécialisées peuvent réduire les frottements dans les gorges.
Ils peuvent être utiles, notamment avec un vibrato, mais une gorge trop étroite ou mal profilée restera une gorge mal réalisée.
Même principe pour les pièces mobiles d’un chevalet ou d’un vibrato : quelques points précis peuvent éventuellement être lubrifiés, mais recouvrir le mécanisme d’huile attire surtout la poussière.
Un lubrifiant doit être appliqué là où il est nécessaire et en très petite quantité.
Les nettoyants pour contacts électriques
Potentiomètres et sélecteurs peuvent devenir bruyants avec le temps. Un produit destiné au nettoyage des contacts électriques peut parfois rétablir leur fonctionnement lorsqu’il s’agit d’une contamination ou d’une légère oxydation.
Il faut cependant utiliser un produit adapté aux composants électroniques et aux matériaux environnants.
Tous les aérosols présentés comme nettoyants, dégrippants ou lubrifiants ne sont pas des nettoyants de contacts.
Une bombe destinée à débloquer un boulon rouillé n’est pas un produit d’entretien pour potentiomètre.
Il faut également garder à l’esprit qu’un potentiomètre usé mécaniquement ne sera pas réparé par un aérosol. Le produit peut nettoyer une piste, pas remplacer le matériau disparu.
Le ruban de masquage
Le ruban adhésif est utilisé très fréquemment dans l’atelier : protection d’une touche lors du travail des frettes, repérage, protection temporaire d’une finition ou préparation d’une intervention.
Il est préférable d’utiliser un ruban de masquage de qualité, avec une adhérence adaptée au support.
Un adhésif très puissant laissé plusieurs jours sur une finition ancienne peut devenir problématique. Certaines finitions fragiles ou déjà décollées peuvent même être arrachées lors du retrait.
Sur un instrument ancien ou dont la finition est douteuse, un essai dans une zone discrète est préférable.
Le ruban doit par ailleurs être retiré dès qu’il n’est plus nécessaire.
Les abrasifs
Le papier abrasif n’est pas réservé à la fabrication d’une guitare. On le retrouve dans le travail du sillet, des frettes, dans certaines réparations et dans les opérations de finition.
Il est utile de disposer progressivement de plusieurs grains, mais leur choix dépend fortement du travail effectué.
Un abrasif n’est pas défini uniquement par le nombre inscrit au dos. La nature du grain, le support et le système de classification influencent également son comportement.
Pour les travaux fins, les feuilles abrasives à l’eau, les films abrasifs, les mousses et les systèmes de micromesh permettent d’obtenir des états de surface très différents.
Nous détaillerons leur utilisation avec le travail des frettes, du sillet et des finitions.
Les cotons-tiges, pinceaux et petites brosses
Des outils extrêmement simples trouvent également leur place parmi les consommables :
- cotons-tiges ;
- petits pinceaux ;
- brosses souples ;
- brosses à dents réservées à l’atelier ;
- cure-dents ou petites tiges en bois ;
- petits récipients pour vis et pièces.
Ils permettent de travailler dans les angles d’un chevalet, autour des frettes ou dans certaines cavités sans devoir démonter systématiquement tout l’instrument.
Il faut simplement éviter les brosses trop dures sur les surfaces fragiles.
Quelques produits simples suffisent
Pour l’entretien courant, il n’est pas nécessaire de constituer une armoire entière de produits chimiques.
Un équipement raisonnable peut se limiter à quelques références bien identifiées :
| Produit ou consommable | Usage principal |
|---|---|
| Chiffons microfibre | Nettoyage et essuyage |
| Nettoyant adapté aux guitares | Salissures sur finition |
| Polish fin | Finitions brillantes compatibles |
| Conditionneur de touche | Bois non vernis lorsque nécessaire |
| Lubrifiant adapté | Sillet et mécanismes spécifiques |
| Nettoyant pour contacts | Potentiomètres et sélecteurs |
| Ruban de masquage | Protection temporaire |
| Abrasifs fins | Frettes, sillet, petites corrections |
| Brosses et cotons-tiges | Nettoyage localisé |
L’intérêt n’est pas de posséder plusieurs produits accomplissant la même chose, mais de savoir exactement ce que contient approximativement chaque produit, sur quelles surfaces il peut être utilisé et ce que l’on cherche à obtenir.
Ce que l’on trouve sous l’évier n’appartient pas forcément à l’atelier
Liquide vaisselle concentré, nettoyant pour vitres, alcool ménager, solvants, produits pour meubles, sprays silicone, huiles alimentaires ou dégrippants sont parfois proposés comme solutions universelles sur Internet.
Certaines de ces substances peuvent avoir un usage précis dans des circonstances bien définies, mais cela ne justifie pas leur emploi systématique sur une guitare.
Lorsqu’on ignore la nature d’une finition, le produit le moins agressif est généralement le meilleur point de départ.
Un instrument n’a pas besoin d’être chimiquement décapé à chaque changement de cordes.
Une règle simple : commencer par le minimum
Le principe général de l’entretien pourrait finalement tenir en quelques mots : utiliser le moins de produit possible.
Commencer par un chiffon sec, passer si nécessaire à un nettoyage légèrement humide, puis seulement utiliser un produit spécifique lorsque la salissure ou l’état de la surface le justifie.
Le même principe vaut pour les huiles, lubrifiants et polish : une petite quantité correctement employée est presque toujours préférable à une application généreuse.
Les produits d’entretien ne doivent pas devenir une couche supplémentaire déposée continuellement sur l’instrument. Leur rôle est de permettre de nettoyer, protéger ou restaurer une fonction précise, puis de disparaître autant que possible une fois le travail terminé.