Positionner les micros
Deux micros identiques ne donnent pas le même résultat lorsqu’ils sont placés à des positions différentes sous la corde. Sur une guitare, cette observation devient immédiatement une question de dessin : où placer le micro manche, que laisse libre le chevalet et comment aligner ses plots sur les cordes ?
La position et la trajectoire des cordes
La position longitudinale influence le signal capté, comme l’explique déjà Les micros magnétiques. Pour dessiner l’instrument, la question pratique est de choisir les positions compatibles avec la jonction corps-manche et le chevalet, puis de vérifier que chaque micro couvre correctement le faisceau des cordes.
La position du micro chevalet ne peut pas être étudiée indépendamment du chevalet lui-même. Dans Axe, manche, chevalet et trajectoire des cordes, nous avons défini le trajet des cordes ; dans l’article précédent, l’intégration du chevalet a fixé précisément leur extrémité vibrante ainsi que ses inserts, pivots et éventuelles cavités. Le micro vient maintenant s’inscrire dans cette géométrie. Le rapprocher fortement du chevalet produit une implantation différente d’un micro placé quelques centimètres plus loin, mais la limite n’est pas seulement acoustique. Les inserts d’un Tune-O-Matic, les vis d’un hardtail, les pivots d’un vibrato ou la cavité du bloc d’un Floyd Rose occupent déjà le corps.
Il faut donc conserver suffisamment de matière entre ces éléments et la cavité du micro. Cette vérification doit être faite en coupe. Deux volumes qui paraissent correctement séparés sur une vue de dessus peuvent presque se rejoindre quelques millimètres sous la table.
À l’autre extrémité, la contrainte principale est souvent la jonction avec le manche. Sur un manche vissé, une cavité avancée réduit la matière disponible autour de la poche. Sur une construction collée, elle peut rencontrer le tenon. Sur un manche traversant, elle vient directement entamer la structure centrale de l’instrument. La position du micro manche doit donc être étudiée avec Concevoir la jonction corps-manche, et non ajoutée après coup. Cette relation apparaît clairement sur les instruments à 24 frettes. La touche se prolonge davantage vers le chevalet et repousse naturellement le micro manche, sauf à modifier la jonction ou d’autres éléments du projet.
Comme le chevalet, le micro doit être implanté à partir de la trajectoire réelle des cordes et non à partir de la silhouette du corps. Pour un micro muni de plots individuels, l’espacement des pièces polaires doit également être pris en compte. Tous les humbuckers six cordes n’utilisent pas la même largeur magnétique. Les variantes destinées aux chevalets à espacement large — Trembucker chez Seymour Duncan, F-spacing chez DiMarzio — existent précisément parce que l’écartement des cordes au chevalet peut dépasser celui prévu pour un humbucker traditionnel. Seymour Duncan publie des plans dimensionnels distincts pour ses différentes enveloppes, y compris les versions Trembucker. Plan dimensionnel Seymour Duncan Trembucker
Le même principe s’applique aux simples. Le plan du SSL-1, par exemple, montre séparément l’enveloppe principale, les oreilles et la hauteur du micro. Seymour Duncan SSL-1 — plan dimensionnel L’objectif n’est pas nécessairement de maintenir chaque corde au centre mathématique exact de chaque plot. Le champ magnétique ne s’interrompt pas au diamètre visible de la pièce polaire. Un décalage important ou progressif reste néanmoins un bon indicateur d’une incompatibilité entre l’espacement du chevalet et celui du micro. Les micros à lame ou certaines architectures soapbar sont plus tolérants sur ce point, mais leur largeur utile doit malgré tout couvrir l’ensemble des cordes.
Un micro n’est pas nécessairement perpendiculaire à l’axe de l’instrument. Le micro chevalet d’une Stratocaster ou d’une Telecaster constitue l’exemple le plus évident, mais une inclinaison peut également être choisie dans une conception originale. Cette rotation modifie simultanément la distance entre chaque partie du micro et le chevalet ainsi que la relation entre les plots et les cordes. Il faut donc toujours contrôler l’alignement avec le micro dessiné dans son orientation réelle. Avec une lame continue, le problème d’alignement des plots disparaît en grande partie, mais la zone de corde captée reste différente entre le côté grave et le côté aigu.
Hauteur et liberté de mouvement
Le micro possède également une position verticale. Sa face supérieure doit pouvoir être rapprochée ou éloignée des cordes. La cavité doit donc permettre toute la plage de réglage prévue, pas seulement accueillir le micro dans une position arbitraire. Il faut tenir compte de la hauteur du corps du micro, de sa semelle, de ses pattes, des vis, des ressorts ou tubes élastiques utilisés pour le réglage et de la place occupée par le câble. Deux humbuckers extérieurement semblables peuvent ainsi demander des profondeurs différentes si leurs pattes ne possèdent pas la même longueur.
La documentation dimensionnelle devient ici particulièrement utile. Les plans Fishman Fluence montrent par exemple séparément l’enveloppe visible, les pattes et les profondeurs de différents humbuckers six, sept, huit et neuf cordes. Fishman Fluence — dimensions des micros guitare Le fond de la cavité ne doit jamais servir involontairement de butée au réglage.
La corde n’est pas immobile au-dessus du micro. Elle vibre transversalement, et les bends déplacent fortement les cordes aiguës par rapport à leur position statique. Une action basse et un micro réglé très haut réduisent encore la marge disponible. Il faut donc vérifier le dégagement en situation réelle, en particulier lorsque les plots dépassent fortement du capot. La proximité excessive d’un micro magnétique peut également perturber la vibration de la corde lorsque le champ est suffisamment puissant. La hauteur doit donc conserver une marge de réglage et ne pas être imposée mécaniquement par une cavité trop peu profonde.
Deux instruments équipés du même micro peuvent demander des défonces très différentes. Un micro suspendu à un cadre laisse une grande partie de la cavité invisible. On peut alors privilégier l’espace nécessaire au réglage, aux pattes et au câble sans se préoccuper outre mesure de la forme exacte des bords. Avec un montage sous pickguard, la situation est comparable : le contour visible est celui de la plaque, pas celui du bois. Le montage direct change le problème. Le micro est fixé au corps et la cavité peut rester visible autour de lui.
Enfin, lorsqu’un micro est incrusté directement dans la table, sans cadre ni pickguard, le contour de la défonce devient lui-même un élément graphique du corps. Ces trois architectures ne doivent donc pas utiliser automatiquement le même gabarit.