Les finitions

La finition constitue la dernière enveloppe de la guitare. Elle protège le bois, facilite son entretien, détermine une grande partie de son aspect visuel et, sur certaines zones comme le manche, participe directement à la sensation sous les doigts. Une finition peut être presque invisible ou au contraire devenir l’un des éléments les plus caractéristiques de l’instrument, comme un sunburst, une couleur opaque, un vernis fortement jauni ou une surface volontairement vieillie.

Il ne faut cependant pas confondre finition et simple couche de vernis. Sur une guitare, la finition peut être un ensemble de couches ayant des fonctions différentes : coloration du bois, couche pigmentée, vernis transparent, finition brillante ou satinée. Nous détaillerons plus tard leur mise en œuvre dans la partie consacrée à la construction ; ici, l’objectif est surtout de comprendre les grandes familles de finitions et leurs différences.

À quoi sert une finition ?

Le bois reste un matériau hygroscopique, il échange en permanence de l’humidité avec l’air ambiant et ses dimensions varient légèrement avec son taux d’humidité. Une finition ralentit ces échanges et protège la surface contre les salissures, l’usure, les traces de transpiration et une partie des agressions mécaniques, mais elle ne rend pas le bois totalement étanche. Le Forest Products Laboratory américain rappelle d’ailleurs qu’aucun revêtement courant n’empêche complètement les échanges d’humidité, il en ralentit seulement la vitesse. FPL

Sur une guitare électrique utilisée en intérieur, la fonction esthétique et la facilité d’entretien deviennent souvent aussi importantes que la protection elle-même. La finition donne au bois une surface lavable, homogène et plus résistante à l’usage quotidien, tout en permettant au fabricant de choisir entre un aspect naturel, coloré, opaque, brillant, satiné ou volontairement vieilli. Service Forestier USA

Transparent, translucide ou opaque

La nature chimique d’une finition et son apparence sont deux choses différentes. Une guitare vernie en nitrocellulose peut être naturelle, noire ou sunburst, tandis qu’un polyuréthane peut être transparent ou complètement opaque.

Une finition transparente laisse apparaître le bois presque tel qu’il est, éventuellement avec une légère coloration. Une finition translucide laisse encore voir le veinage mais modifie fortement sa couleur, alors qu’une finition opaque masque pratiquement complètement le bois sous une couche pigmentée.

Les sunbursts combinent plusieurs teintes, généralement plus claires au centre et plus sombres sur les bords. Les finitions métalliques contiennent de petites particules réfléchissantes, tandis que les finitions de type candy utilisent généralement une couche colorée translucide au-dessus d’une base réfléchissante ou métallique. Ces effets visuels ne constituent pas de nouvelles familles de vernis, ils décrivent surtout la manière dont les couches de couleur sont organisées.

Brillant, satiné ou mat

Le niveau de brillance est lui aussi indépendant de la nature du produit. Nitrocellulose, polyuréthane ou produits modernes à base aqueuse peuvent exister en brillant ou en satiné.

Une finition brillante possède une surface suffisamment régulière pour réfléchir la lumière de manière nette, ce qui met fortement en valeur les couleurs et les figures du bois. Le satiné diffuse davantage la lumière et donne une apparence plus douce, tandis qu’une finition mate la diffuse encore davantage.

Sur un manche, cette différence devient tactile. Une surface très brillante peut offrir une sensation différente d’un manche satiné, notamment avec la transpiration, mais cela ne signifie pas qu’un vernis brillant soit intrinsèquement plus lent ou qu’un satiné soit nécessairement plus agréable. La géométrie du manche, l’état de surface et les préférences du guitariste comptent au moins autant.

La nitrocellulose

La laque nitrocellulosique est fortement associée aux guitares américaines des années 1950 et 1960, notamment Fender et Gibson. Fender confirme avoir utilisé largement la nitrocellulose durant cette période, même si des laques acryliques ont également été employées. Fender

Il s’agit d’une finition dont le durcissement repose principalement sur l’évaporation des solvants. Les couches successives peuvent se fondre partiellement les unes dans les autres, ce qui explique pourquoi la nitrocellulose est relativement facile à reprendre localement lors d’une réparation. StewMac la décrit notamment comme particulièrement adaptée aux retouches parce qu’une nouvelle couche peut se fondre dans la précédente. StewMac

Avec le temps, certaines formulations traditionnelles jaunissent, deviennent plus cassantes et peuvent présenter de petites fissures appelées checking ou faïençage, notamment après des variations rapides de température. Ce vieillissement est aujourd’hui recherché par certains amateurs de guitares vintage, alors qu’il serait considéré comme un défaut sur une finition moderne destinée à rester intacte. Fender

La nitrocellulose n’est cependant pas une recette unique restée figée depuis les années 1950. Les formulations modernes peuvent contenir des plastifiants et différents additifs destinés à limiter le jaunissement ou les fissures, ce qui explique que deux guitares décrites comme « nitro » puissent vieillir très différemment. StewMac

Polyuréthane et polyester

Le terme poly est souvent utilisé comme s’il désignait une seule finition, alors qu’il peut recouvrir au moins deux grandes familles très différentes : le polyuréthane et le polyester.

Le polyuréthane forme un revêtement dur et résistant, généralement plus stable face aux rayures, aux produits chimiques et au vieillissement que les laques traditionnelles. Fender a commencé à l’utiliser sur certaines productions à la fin des années 1960 et continue à employer aujourd’hui différents systèmes à base d’uréthane. Fender

Le polyester est également très dur et permet de construire rapidement une couche régulière et résistante, particulièrement bien adaptée à la production industrielle. Fender l’utilise notamment sur de nombreux corps fabriqués au Mexique et au Japon, tandis que les manches de ces mêmes instruments peuvent recevoir du polyuréthane, preuve supplémentaire que les deux matériaux ne sont pas interchangeables. Fender

Les polyuréthanes et polyesters catalysés durcissent par réaction chimique, contrairement à une laque nitrocellulosique qui reste plus facilement soluble dans son propre solvant. Cela les rend généralement plus difficiles à réparer de manière totalement invisible, car une nouvelle couche ne se fond pas nécessairement dans l’ancienne de la même façon. Les finitions synthétiques modernes sont néanmoins particulièrement résistantes et peuvent être polies à un niveau de brillant très élevé. StewMac

Les finitions à l’eau

Le développement des produits à base aqueuse a permis d’obtenir des finitions modernes contenant beaucoup moins de solvants organiques volatils que les systèmes traditionnels. Elles ne sont pas pour autant constituées uniquement d’eau : celle-ci sert principalement de véhicule à des résines acryliques, polyuréthanes ou hybrides.

Certaines formulations actuelles sont capables de produire une surface très dure, transparente et résistante, disponible aussi bien en brillant qu’en satiné. Elles peuvent être appliquées au pistolet ou parfois au pinceau et présentent généralement une odeur plus faible ainsi qu’un nettoyage des outils beaucoup plus simple. StewMac

Elles ne doivent donc pas être considérées comme une finition « écologique » unique, mais comme une grande famille de systèmes utilisant l’eau comme principal véhicule au lieu d’une quantité importante de solvants organiques.

La gomme-laque

La gomme-laque, ou shellac, est une résine naturelle traditionnellement dissoute dans l’alcool. Elle peut être appliquée au pinceau, au tampon ou au pistolet et constitue une finition historique importante dans la fabrication d’instruments.

Le vernis au tampon, ou French polish, n’est pas un produit particulier mais une méthode d’application de la gomme-laque en couches très fines à l’aide d’un tampon de tissu. Cette technique est surtout associée aux guitares classiques et aux instruments acoustiques, mais elle peut parfaitement être utilisée sur une guitare électrique. StewMac

La gomme-laque est facile à reprendre puisque de nouvelles couches se fondent bien avec les anciennes, mais elle reste plus sensible à l’alcool, à l’eau et à la chaleur que de nombreux revêtements synthétiques modernes. StewMac

Les huiles et finitions huilées

Certaines guitares, et surtout certains manches, utilisent des finitions à base d’huile ou des mélanges huile-résine. Ces produits pénètrent davantage dans la surface du bois et forment généralement une couche beaucoup moins épaisse qu’un vernis brillant traditionnel.

Il faut toutefois se méfier du mot huile, car il peut désigner des produits très différents. Une huile simple, une huile polymérisante, un mélange huile-cire ou une finition contenant également des résines uréthanes n’ont ni la même dureté ni la même résistance. Certains produits appelés couramment « finition huilée » forment en réalité un véritable film polymérisé en surface. General Finishes

Ces finitions sont appréciées sur les manches pour leur toucher relativement naturel et parce qu’une petite reprise locale peut souvent être réalisée plus facilement qu’avec un vernis très épais. Elles offrent en revanche généralement moins de protection mécanique qu’une couche industrielle de polyester ou de polyuréthane fortement chargée.

La finition du manche

Le corps et le manche ne doivent pas nécessairement recevoir la même finition. Un fabricant peut parfaitement associer un corps en polyester à un manche en polyuréthane, ou utiliser une finition brillante sur le corps et satinée à l’arrière du manche.

La raison est simple : les contraintes ne sont pas identiques. Le corps doit résister aux chocs, aux frottements des vêtements et à la transpiration, tandis que le manche est en contact permanent avec la main et doit conserver une sensation régulière malgré des milliers d’heures de jeu.

La touche constitue encore un cas particulier. Les touches en palissandre ou en ébène sont généralement laissées sans vernis de surface classique, tandis que les manches et touches en érable peuvent être entièrement vernis selon leur construction. Nous reviendrons sur ces différences lorsque nous détaillerons les finitions du manche.

L’épaisseur de la finition

L’épaisseur réelle d’une finition dépend beaucoup plus de la méthode d’application et du nombre de couches que du simple nom du produit. Une nitrocellulose peut être appliquée en couche épaisse, tandis qu’un polyuréthane moderne peut être extrêmement mince.

Il est donc simplificateur d’opposer systématiquement une « nitro fine » à un « poly épais ». Les procédés industriels ont beaucoup évolué et chaque famille peut être utilisée de plusieurs manières.

Sur une solid-body, les affirmations selon lesquelles un type de vernis particulier « laisse respirer le bois » ou transforme profondément l’équilibre tonal doivent être prises avec beaucoup de prudence. Le bois échange effectivement de l’humidité avec son environnement, mais une finition ne crée ni respiration ni étanchéité absolue, elle ralentit simplement ces échanges. FPL

Une couche extrêmement épaisse ajoute évidemment de la masse et modifie les conditions mécaniques de surface, mais attribuer une signature sonore précise à la nitrocellulose, au polyuréthane ou au polyester pris isolément dépasse largement ce que le nom du matériau permet d’affirmer. Sur une guitare électrique solid-body, la fonction première de la finition reste la protection, l’aspect et le toucher.

Le vieillissement

Toutes les finitions vieillissent, mais elles ne le font pas de la même manière. Une nitrocellulose traditionnelle peut jaunir, se fissurer finement et s’user progressivement aux endroits de contact, tandis qu’un polyester ou un polyuréthane moderne conserve généralement plus longtemps son brillant et sa couleur avant de présenter une usure visible. Fender

Le vieillissement dépend également de l’exposition aux ultraviolets, de la température, de l’humidité, de la transpiration, des produits de nettoyage et de la manière dont l’instrument est stocké. Deux guitares sorties de la même usine peuvent donc présenter des aspects très différents quelques décennies plus tard.

Le relic consiste à reproduire volontairement une partie de ces traces d’usage : usure du vernis, impacts, ternissement, fissures, oxydation de l’accastillage ou jaunissement artificiel. Il ne s’agit pas d’une famille chimique de finition mais d’un traitement esthétique appliqué à une finition neuve.

Les grandes familles en résumé

FinitionCaractéristiques généralesVieillissement et entretien
Nitrocelluloselaque à solvants, couches pouvant se fondre entre elles, réparation relativement facilepeut jaunir, s’user et présenter du checking
Polyuréthanerevêtement résistant, stable et disponible en nombreuses variantesconserve généralement longtemps son aspect
Polyestertrès dur, résistant, bien adapté à la production industriellefaible tendance au checking et bonne résistance à l’usure
Gomme-laquerésine dissoute dans l’alcool, utilisée notamment au tamponfacile à reprendre mais plus sensible à l’eau, l’alcool et la chaleur
Huiles et mélanges huile-résinefilm généralement mince, toucher proche du boisprotection variable, entretien parfois périodique
Finitions à l’eaurésines modernes dispersées dans l’eau, faible teneur en solvantscomportement dépendant fortement de la résine utilisée

Cette classification reste volontairement générale, car deux produits appartenant à la même famille peuvent présenter des comportements assez différents selon leur formulation.

Une finition est un choix technique autant qu’esthétique

Le choix d’une finition dépend donc de plusieurs critères qui ne vont pas toujours dans le même sens. Une finition très résistante facilite la vie du fabricant et protège efficacement l’instrument, mais peut être plus difficile à réparer. Une laque traditionnelle peut se reprendre facilement et développer une patine appréciée des amateurs d’instruments anciens, mais elle se marque aussi plus facilement. Une finition huilée peut donner un toucher très direct sur un manche, mais n’offre pas nécessairement la même protection qu’un film synthétique dur.

Il n’existe donc pas de finition universellement supérieure. Le choix dépend de l’apparence recherchée, du niveau de protection souhaité, du toucher, du mode de fabrication, de la facilité d’entretien et, parfois, de la volonté de voir l’instrument vieillir visiblement ou au contraire conserver longtemps son aspect neuf.

Cette première vue d’ensemble servira de point de départ aux articles suivants, dans lesquels nous pourrons examiner séparément la nitrocellulose, les polyuréthanes et polyesters, les huiles et finitions naturelles, les finitions à l’eau, les couleurs et effets spéciaux, puis le vieillissement et le relic.

Références techniques