Vues, coupes et cotations

Une vue en trois dimensions montre joliment le corps. Elle ne suffit pas à transmettre l’épaisseur résiduelle sous une cavité ou la position d’un perçage critique. Ces informations demandent des vues précises, des coupes et surtout des cotes rattachées à de véritables références fonctionnelles.

Vues, coupes et détails utiles

Une vue de dessus est particulièrement adaptée à la position longitudinale et transversale des composants. Elle permet de montrer le contour du corps, la jonction avec le manche, les micros, le chevalet et les principaux perçages. Une vue latérale décrit beaucoup mieux les épaisseurs, les angles et les hauteurs relatives. La face arrière révèle les cavités électroniques, les logements des ressorts, les trappes et certains éléments de fixation. Ces vues ne sont pas redondantes. Elles présentent des informations différentes. Il faut donc choisir les vues en fonction des caractéristiques à fabriquer et à contrôler. Une vue supplémentaire est utile lorsqu'elle supprime une ambiguïté. Elle devient inutile lorsqu'elle ne fait que répéter des informations déjà parfaitement définies.

Certaines dimensions ne peuvent pas être présentées clairement depuis l'extérieur. Une coupe permet de montrer l'intérieur d'une pièce en la représentant comme si elle avait été traversée par un plan de section. Elle devient particulièrement utile pour la poche du manche, les cavités des micros, les logements d'inserts, le vibrato et les feuillures des plaques arrière. Sur un corps comportant plusieurs profondeurs de défonce, une coupe montre immédiatement la relation entre la surface de la table, les différents fonds de poche et la face arrière. Elle permet également de vérifier les épaisseurs résiduelles. Ces épaisseurs ne sont pas toujours identiques d'un endroit à l'autre, notamment lorsque le corps possède des contours ergonomiques ou une table sculptée.

Certaines interfaces sont trop petites pour être décrites correctement à l'échelle générale de l'instrument. Une ferrule, une feuillure de plaque, une fixation de mécanique ou un logement de micro incrusté peut demander plusieurs cotes sur quelques millimètres. Il est alors préférable de créer une vue de détail à une échelle plus grande. Le détail doit être clairement identifié et relié à la zone correspondante du dessin général. Son échelle doit également être indiquée. Cette méthode permet de conserver une bonne lisibilité sans sacrifier les informations techniques. Il faut cependant éviter de créer des détails isolés qui ne permettraient plus de comprendre où se trouve l'élément dans l'instrument.

Lorsqu'un plan utilise plusieurs vues orthogonales, leur disposition doit suivre une convention cohérente. Les projections du premier et du troisième dièdre, par exemple, ne placent pas les vues secondaires de la même manière. Un lecteur habitué à une convention peut interpréter incorrectement un plan utilisant l'autre si celle-ci n'est pas indiquée. Dans un dossier destiné à plusieurs intervenants, il est donc préférable de préciser la convention de projection. La norme ISO 5457 traite notamment de la présentation et des formats de feuilles de dessins techniques, tandis que la série ISO 128 définit différentes conventions graphiques.

Coter pour construire et contrôler

Un plan peut comporter toutes les dimensions nécessaires et rester difficile à exploiter si les cotes ont été placées sans logique. Pour une guitare, les positions importantes doivent être définies par rapport aux références qui leur donnent un sens. Les frettes sont positionnées depuis le sillet ou une autre référence explicitement définie. Le chevalet est implanté à partir de la géométrie du diapason et de la plage d'intonation de ses pontets. Les micros sont positionnés par rapport à la trajectoire des cordes et aux éléments voisins. Il est généralement moins judicieux de déterminer une position critique à partir d'un point arbitraire du contour extérieur.

Une série de dimensions ajoutées les unes aux autres peut conduire à une accumulation des écarts de fabrication. C'est notamment le cas lorsqu'on positionne plusieurs trous ou plusieurs frettes en mesurant chaque fois depuis l'élément précédent. Lorsque la fonction le justifie, il est préférable de définir les positions depuis une référence commune. Un tableau de coordonnées peut alors être plus clair qu'une succession de lignes de cote. Cette méthode est particulièrement adaptée aux rangées de perçages, aux mécaniques, aux inserts et aux positions des frettes. Il ne faut cependant pas supprimer les cotes locales qui décrivent réellement une caractéristique fonctionnelle, comme la distance entre deux trous appartenant à une même pièce métallique.

Le choix doit être guidé par la fonction à contrôler. Il faut également éviter de coter plusieurs fois une même dimension sans préciser quelle indication fait autorité. Des valeurs redondantes peuvent devenir contradictoires après modification du dessin.

Toutes les indications nécessaires ne sont pas des cotes. Un trou peut posséder un diamètre, une profondeur et une position, mais il peut également nécessiter un lamage, un chanfrein d'entrée ou une préparation particulière. Une pièce peut devoir être fabriquée dans un bois précis, avec une orientation du fil définie. Une surface peut être destinée au collage, tandis qu'une autre doit recevoir une finition. Ces informations ne sont pas toujours représentées par la géométrie elle-même. Le plan doit donc comporter des annotations lorsque celles-ci sont nécessaires à la compréhension de l'opération ou de l'état final recherché.

La norme ISO 129-1:2018 — Présentation des dimensions et tolérances décrit les principes généraux de présentation de ces informations sur les dessins techniques. Son intérêt pour la lutherie est surtout méthodologique : chaque indication doit transmettre une information précise, compréhensible et non contradictoire.

Il n'est pas nécessaire d'ajouter une tolérance particulière à chaque dimension du dessin. En revanche, les interfaces sensibles doivent posséder des exigences suffisamment claires pour permettre leur contrôle. Une poche de manche peut demander une attention particulière à sa largeur, à son orientation et à sa position par rapport à l'axe de l'instrument. Un logement de micro incrusté peut privilégier la régularité du jeu périphérique. Une cavité électronique largement masquée peut accepter des écarts plus importants. Les exigences doivent donc être adaptées à chaque fonction. Lorsque le projet comporte de nombreuses cotes non critiques, il peut être utile de définir une règle générale pour ces dimensions, puis de préciser séparément les exceptions.

Une telle règle ne devrait toutefois pas être choisie arbitrairement. Elle doit correspondre aux possibilités réelles du procédé de fabrication et ne pas masquer les dimensions dont dépend le fonctionnement de l'instrument.

Le plan d'ensemble montre comment les éléments de l'instrument s'organisent les uns par rapport aux autres. Il permet de vérifier la position du manche, du chevalet, des micros et des principaux accessoires. Il peut également comporter une vue de côté montrant la géométrie générale et l'angle du manche. Les plans de pièces décrivent ensuite séparément le corps, le manche, la touche, les plaques, les gabarits ou les éléments spécialement fabriqués pour le projet. Cette séparation évite de concentrer toutes les informations sur une seule feuille. Un plan d'ensemble n'a pas besoin de donner le diamètre de chaque petite vis. Un plan de cavité électronique n'a pas besoin de répéter toutes les dimensions du diapason.

Chaque document doit répondre à un besoin précis de fabrication ou de contrôle. L'ensemble de ces documents doit cependant rester cohérent avec le même modèle de référence.

Références techniques