Remplir les pores du bois
Un corps en acajou ou en frêne peut être parfaitement poncé et conserver une surface parsemée de minuscules creux. Ces cavités correspondent à la structure naturelle du bois. Même après un ponçage très fin, elles restent présentes.
Lorsqu'on recherche une finition brillante et parfaitement lisse, il faut généralement les remplir avant d'appliquer les couches de finition.
Cette opération, appelée bouche-porage, évite d'utiliser une quantité excessive de vernis pour combler les irrégularités naturelles du bois. Elle permet aussi de contrôler l'aspect des pores : ils peuvent disparaître visuellement ou, au contraire, être soulignés par une couleur contrastante.
Pourquoi certains bois nécessitent-ils un bouche-porage ?
Les essences de feuillus ne présentent pas toutes la même structure anatomique.
Le frêne, le chêne et de nombreux acajous possèdent des vaisseaux suffisamment larges pour laisser apparaître des cavités à la surface du bois usiné. On parle couramment de bois à pores ouverts.
L'érable et le tilleul possèdent une structure généralement plus fine. Leurs pores sont moins apparents et ne nécessitent habituellement pas de remplissage spécifique avant une finition filmogène.
Cette distinction reste indicative. La porosité varie selon les essences, les pièces de bois et leur orientation de débit. Le noyer, par exemple, peut présenter des pores suffisamment visibles pour justifier un remplissage, particulièrement sous une finition brillante.
| Essence | Aspect habituel des pores | Bouche-porage pour une finition très lisse |
|---|---|---|
| Frêne | Larges pores bien visibles | Généralement nécessaire |
| Acajou | Pores ouverts, variables selon l'espèce | Généralement nécessaire |
| Noyer | Pores visibles, souvent moins prononcés que ceux du frêne | Selon la pièce |
| Chêne | Larges pores caractéristiques | Généralement nécessaire |
| Érable | Pores très fins | Généralement inutile |
| Tilleul | Texture généralement fine | Généralement inutile |
| Aulne | Texture relativement fine | Souvent inutile, à vérifier selon la pièce |
Il faut également distinguer les pores naturels des défauts de surface. Le bouche-pores ne sert pas à réparer un éclat, une fissure ou un joint de collage ouvert.
Le rôle des essences et de leur structure est développé dans Les essences.
Faut-il obligatoirement remplir les pores ?
Non. Tout dépend du résultat recherché.
Une finition très brillante, avec un reflet continu et sans irrégularités perceptibles, nécessite généralement une surface parfaitement nivelée. Les pores ouverts doivent alors être comblés.
À l'inverse, certaines finitions conservent volontairement la texture naturelle du bois.
C'est notamment le cas des finitions à pores ouverts, fréquentes sur certaines guitares huilées ou vernies avec une faible épaisseur de produit. Les pores restent visibles et parfois perceptibles au toucher.
Cette texture n'est pas nécessairement le signe d'un travail inachevé. Elle peut faire partie du résultat recherché.
Entre les deux, il existe des finitions où les pores restent légèrement visibles, sans présenter un relief très marqué.
Le bouche-porage doit donc être décidé avant de commencer les opérations de finition. Il serait dommage de remplir soigneusement les pores pour chercher ensuite à retrouver l'aspect naturel du bois.
Choisir le produit de remplissage
Plusieurs familles de produits permettent de remplir les pores. Elles se distinguent par leur composition, leur facilité d'application, leur retrait au séchage et leur compatibilité avec les couches suivantes.
Les bouche-pores en pâte
Ces produits contiennent des charges fines associées à un liant. Leur consistance permet de les faire pénétrer dans les pores avant de retirer l'excédent resté à la surface.
Il existe des formulations aqueuses et solvantées, transparentes, neutres ou colorées.
Les produits en pâte sont particulièrement adaptés au remplissage des essences à gros pores. Ils permettent de traiter rapidement des surfaces relativement importantes sans constituer une épaisse couche de finition.
StewMac décrit notamment l'emploi de ses bouche-pores en poudre, à diluer avant application, dans Using ColorTone Powdered Grain Filler.
Les résines époxy
Certaines résines époxy peuvent également servir au remplissage des pores.
Le produit est étalé en couche très mince, puis poussé dans les cavités à l'aide d'une raclette souple. L'excédent est retiré avant durcissement, autant que le procédé le permet.
L'intérêt de cette méthode tient notamment à la possibilité d'obtenir un remplissage stable avec relativement peu d'applications.
En revanche, l'époxy demande un dosage correct des composants et le respect des conditions de polymérisation. Une erreur de proportion ou de mélange peut laisser des zones qui durcissent mal.
Certaines formulations modifient également la couleur du bois ou prennent une légère teinte ambrée. Il faut tenir compte de leur comportement au vieillissement, particulièrement sous une finition transparente sur bois clair.
L'utilisation d'une résine époxy comme bouche-pores est présentée dans Aerosol Guitar Finishing Course — Part 1.
Les produits de fond et les vernis
Il est également possible de remplir progressivement les pores avec certaines résines de finition suffisamment garnissantеs.
Cette méthode demande généralement plusieurs applications suivies d'une remise à niveau. Elle peut devenir fastidieuse avec les finitions qui contiennent une proportion importante de solvants volatils.
En séchant, le film perd une partie de son volume et peut s'affaisser dans les pores. Même lorsque la surface paraît lisse après ponçage, les cavités peuvent réapparaître avec le temps.
Certaines finitions modernes à haut extrait sec permettent de limiter ce phénomène.
Il faut toutefois distinguer le remplissage des pores de l'application d'un fond dur. Ce dernier sert principalement à préparer ou isoler la surface et à faciliter l'application des couches suivantes. Selon leur formulation, certains fonds durs possèdent également un pouvoir garnissant, mais tous ne permettent pas de remplir efficacement des pores profonds.
Le vocabulaire commercial entretient parfois la confusion : un produit vendu comme « bouche-pores » peut être conçu surtout comme une sous-couche de finition, tandis qu'un produit de remplissage épais est destiné à rester dans les cavités du bois.
La fiche technique permet de déterminer sa véritable fonction.
Utiliser un bouche-pores transparent ou coloré
Le remplissage peut modifier sensiblement l'aspect du bois.
Avec un produit transparent, les pores conservent généralement une apparence proche de leur couleur naturelle, même si la résine peut changer leur réfraction et leur contraste.
Un produit teinté dans une couleur voisine de celle du bois permet d'atténuer leur visibilité.
À l'inverse, un bouche-pores sombre sur du frêne clair accentue le dessin des vaisseaux. Cette technique permet d'obtenir un contraste marqué sans recouvrir les fibres d'une peinture opaque.
On peut également utiliser une couleur plus claire que celle du bois pour produire un effet décoratif.
Le résultat dépend de la couleur du bouche-pores, mais également de l'état du support. Sur du bois brut, certains pigments peuvent se déposer dans les fibres et colorer toute la surface au lieu de rester uniquement dans les pores.
L'application préalable d'une couche isolante compatible peut limiter ce phénomène.
Il faut cependant respecter l'ordre prévu pour la teinte éventuelle du bois. Si celle-ci doit pénétrer directement dans les fibres, elle devra généralement être appliquée avant l'isolant.
Le bon ordre dépend donc du système retenu. Un essai sur une chute de la même essence permet de vérifier le contraste réel après application du vernis.
Préparer la surface avant application
Le bois doit être correctement usiné, poncé et débarrassé des résidus de colle avant le bouche-porage.
Il n'existe pas de grain d'abrasif universel pour cette opération. Certains fabricants recommandent de préparer le support au P220, d'autres prévoient une application après une couche isolante égrenée au P320.
Un ponçage beaucoup plus fin, jusqu'au P800 par exemple, peut donner une surface très agréable au toucher, mais il faut vérifier que le bouche-pores utilisé y adhère correctement et pénètre suffisamment dans les cavités.
Les pores ne disparaissent pas parce que la surface du bois a été polie. En revanche, la modification de son état de surface peut influencer le mouillage par le produit et son accroche.
La préparation doit donc être cohérente avec la méthode de remplissage choisie.
Avant l'application, il faut également aspirer soigneusement les poussières accumulées dans les pores. Une poussière mal éliminée peut se mélanger au bouche-pores et modifier sa couleur ou sa tenue.
Appliquer le bouche-pores
La méthode exacte dépend de la formulation. Pour un bouche-pores en pâte, le travail suit généralement quelques principes communs.
Faire pénétrer le produit
On applique une quantité suffisante pour couvrir la zone, puis on travaille le produit de manière à le faire entrer dans les pores.
Une spatule souple, une raclette en plastique ou un tampon adapté permettent de répartir le produit.
Travailler transversalement ou en diagonale par rapport au fil facilite souvent le remplissage des pores allongés. Un passage uniquement dans le sens du fil risque de laisser certaines cavités insuffisamment garnies.
Il faut insister sur les zones où les pores sont particulièrement ouverts, notamment sur certains bois de bout.
L'objectif est de remplir les cavités, pas de déposer une épaisse couche uniforme sur toute la guitare.
Retirer l'excédent
C'est probablement l'opération qui demande le plus d'attention.
Le produit doit rester dans les pores tout en étant retiré de la surface environnante.
Une raclette tenue légèrement en biais permet d'enlever l'essentiel de l'excédent. Selon la formulation, un essuyage complémentaire peut être nécessaire avant le durcissement.
Si l'on retire trop de matière, les pores se vident partiellement.
À l'inverse, laisser une couche importante à la surface oblige à un ponçage prolongé et augmente le risque de modifier les galbes ou de traverser une teinte déjà appliquée.
Sur les contours arrondis du corps et les raccords du manche, une raclette souple suit mieux les courbes qu'un outil rigide.
Il faut aussi éviter de laisser s'accumuler le produit dans les angles, près des filets et dans les cavités.
Respecter le temps de séchage
Le délai nécessaire varie fortement d'un produit à l'autre.
Certains bouche-pores aqueux peuvent être retravaillés après un temps relativement court, alors que d'autres formulations imposent plusieurs heures, voire davantage avant le recouvrement.
Une résine époxy doit atteindre un degré de polymérisation suffisant avant d'être poncée ou recouverte.
Le produit ne doit pas seulement paraître sec en surface. S'il reste insuffisamment durci dans les pores, le ponçage peut l'arracher et le produit de finition suivant peut perturber son durcissement.
Il faut donc respecter les délais indiqués dans la documentation technique, en tenant compte de la température et de l'humidité de l'atelier.
Remettre la surface à niveau
Une fois le bouche-pores suffisamment sec ou durci, on élimine les résidus restés sur les parties hautes du bois.
Sur une surface plane, une cale de ponçage permet de conserver la géométrie. Les galbes et les raccords nécessitent un support plus souple.
Le grain employé dépend du matériau de remplissage et de la couche qui le recouvrira. Les fabricants indiquent souvent une plage de ponçage destinée à préserver le remplissage tout en préparant correctement la surface suivante.
L'abrasion doit rester légère. Un ponçage trop appuyé peut retirer le produit contenu dans les pores, notamment lorsqu'ils sont larges et peu profonds.
Pour certaines formulations, un racloir correctement affûté permet d'éliminer l'excédent avec précision. Cette technique demande toutefois de la prudence sur une surface déjà teintée ou isolée.
Après dépoussiérage, on examine le résultat sous une lumière rasante.
Les pores doivent apparaître remplis jusqu'au niveau de la surface. Si certains présentent encore des creux, une nouvelle application peut être nécessaire.
Pourquoi les pores réapparaissent-ils après vernissage ?
Il arrive qu'une surface parfaitement lisse après bouche-porage révèle de nouveau ses pores après quelques couches de vernis.
Plusieurs causes sont possibles.
Le bouche-pores peut avoir subi un retrait au séchage. Il peut aussi avoir été partiellement éliminé pendant le ponçage, laissant une cavité insuffisamment remplie.
Dans d'autres cas, le remplissage est correct, mais les couches de finition appliquées au-dessus se rétractent progressivement dans les irrégularités restantes.
Ce phénomène est particulièrement visible sous un vernis brillant, dont les reflets soulignent les déformations, même très faibles.
Chercher à corriger le problème uniquement en ajoutant du vernis n'est pas toujours efficace. Si les pores restent profonds, les nouvelles couches peuvent à leur tour s'y affaisser.
Il est préférable de contrôler le remplissage avant de poursuivre la finition plutôt que d'accumuler les couches dans l'espoir de faire disparaître les creux.
Vérifier le remplissage avant de poursuivre
La surface doit être propre, régulière et exempte de résidus superficiels.
Sous une lumière rasante, les creux persistants deviennent plus faciles à repérer. L'examen doit porter sur toute la guitare, et particulièrement sur les zones où les pores sont les plus prononcés.
Un léger relief peut être acceptable lorsque la finition recherchée conserve volontairement la texture du bois.
Pour une finition brillante parfaitement tendue, en revanche, il faut obtenir un remplissage homogène avant de construire les couches de vernis.
L'aspect final dépend aussi de la couleur du produit utilisé. Une éprouvette préparée avec le même bouche-pores et recouverte du vernis prévu permet de vérifier le résultat réel, car le contraste des pores peut changer sensiblement après l'application de la finition.
Cette opération demande parfois plusieurs passages, mais elle évite ensuite de consacrer une quantité disproportionnée de vernis et de ponçage à compenser une préparation insuffisante.