Appliquer un fondur et isoler le bois

Avant de recevoir une peinture ou un vernis, le bois peut nécessiter une première couche destinée à régulariser son absorption, stabiliser une teinte ou faciliter l'application des produits suivants.

Cette couche est généralement appelée fondur, fond isolant ou sanding sealer dans la documentation anglophone. Ces appellations recouvrent cependant des produits dont les propriétés ne sont pas toujours identiques.

Un peut faciliter le ponçage entre les couches, limiter la pénétration de certains produits ou améliorer l'adhérence du revêtement. Son utilité dépend de la nature du bois et du système de finition retenu.

À quoi sert un ?

Le bois brut présente une surface absorbante. Cette absorption varie selon l'essence, l'orientation du fil et les différences locales de densité.

Une première couche de vernis peut ainsi pénétrer davantage dans certaines zones. Après séchage, la surface présente parfois un aspect irrégulier, même si le produit a été appliqué uniformément.

Le permet de préparer le support en constituant une première couche de résine. Selon sa formulation, il peut remplir plusieurs fonctions :

  • Régulariser l'absorption du bois afin de faciliter les applications suivantes.
  • Fixer une teinte, lorsque le système prévoit une couche protectrice entre la coloration et le vernis.
  • Faciliter l'égrenage grâce à une résine conçue pour être poncée aisément.
  • Favoriser l'adhérence des couches suivantes sur certains supports.
  • Isoler certains constituants du bois, lorsque le produit possède les propriétés nécessaires.

Toutes ces fonctions ne sont pas nécessairement réunies dans un même produit.

Un fondur ordinaire ne bloque pas systématiquement les résines, les tanins ou les colorants susceptibles de migrer vers la finition. Lorsqu'un problème de migration est identifié, il faut choisir un isolant spécifiquement adapté.

General Finishes explique notamment les fonctions de ses fonds de ponçage dans sa documentation Sanding Sealer.

Fond dur, bouche-pores et apprêt : trois fonctions à distinguer

Le vocabulaire commercial est parfois source de confusion.

En France et en Belgique, certains fabricants désignent leurs fondur comme des bouche-pores. Cela ne signifie pas nécessairement qu'ils peuvent combler les larges vaisseaux d'un frêne ou d'un acajou.

Un produit relativement fluide peut pénétrer dans les pores et déposer une première couche de résine sans remplir complètement les cavités.

ProduitFonction principaleRésultat recherché
FondurPréparer ou isoler le support avant les couches suivantesSurface régularisée et adaptée au recouvrement
Bouche-pores de remplissageCombler les cavités naturelles du boisRéduction du relief des pores ouverts
ApprêtPréparer une surface destinée notamment à recevoir une peintureSupport uniforme, avec un pouvoir garnissant variable

Les fonctions peuvent se recouper. Certains fonds durs sont suffisamment garnissants pour remplir des pores peu profonds, tandis que certains apprêts possèdent également des propriétés isolantes.

Il faut donc examiner la fiche technique plutôt que se fier uniquement à l'appellation figurant sur l'emballage.

Choisir un compatible avec la finition

Le choix dépend principalement du produit qui sera appliqué ensuite.

Les fonds cellulosiques et vinyliques

Les systèmes de finition nitrocellulosique peuvent employer des fonds spécialement formulés pour recevoir les couches de laque.

Les fonds cellulosiques se caractérisent généralement par un séchage relativement rapide et une bonne aptitude au ponçage.

Les fonds vinyliques sont également utilisés comme couches préparatoires dans certains systèmes de finition de guitare. Leur composition vise notamment à assurer une bonne liaison entre le support et les couches suivantes.

Ces produits ne sont pas interchangeables sans vérification.

Un fond compatible avec une laque nitrocellulosique ne convient pas automatiquement à un vernis polyuréthane bicomposant ou à une finition aqueuse.

StewMac présente l'utilisation du fond vinylique dans son programme de finition nitrocellulosique.

Les fonds en phase aqueuse

Les fonds aqueux utilisent l'eau comme principal véhicule de mise en œuvre. Leurs résines peuvent appartenir à différentes familles, notamment acryliques ou polyuréthanes.

Ils peuvent limiter certains problèmes liés aux solvants organiques et faciliter le nettoyage du matériel, mais ils présentent leurs propres contraintes.

L'eau peut relever les fibres superficielles du bois. Un égrenage devient alors nécessaire après séchage.

Il faut également vérifier la compatibilité avec les teintes, les mastics et les autres produits déjà présents sur la guitare.

Le Fondur Aqua de Blanchon constitue un exemple de primaire aqueux conçu pour préparer le bois à recevoir des finitions de la même gamme.

La gomme-laque décirée

La gomme-laque est utilisée depuis longtemps dans les métiers du bois et de la facture instrumentale.

Appliquée en couche mince, elle peut constituer une première couche d'isolation ou de fixation dans certains systèmes de finition.

La gomme-laque décirée est généralement préférée lorsqu'elle doit recevoir un autre revêtement, car la présence de cire peut compromettre l'adhérence de certaines finitions.

Il faut néanmoins vérifier sa compatibilité avec le produit de recouvrement.

La gomme-laque ne résout pas tous les problèmes d'adhérence et ne doit pas être considérée comme un isolant universel. Sa résistance à l'eau, à la chaleur et à certains solvants reste limitée.

À quel moment appliquer le ?

L'ordre d'application mérite une attention particulière.

Pour une finition transparente avec teinte pénétrante, la coloration intervient souvent directement sur le bois préparé. Une couche de fond peut ensuite fixer cette teinte avant les opérations suivantes.

Lorsqu'on souhaite appliquer un bouche-pores coloré sans teinter toute la surface, une première couche isolante peut empêcher les pigments du bouche-pores de pénétrer dans les fibres environnantes.

Certains systèmes prévoient donc une séquence de ce type :

  1. Préparation et ponçage du bois.
  2. Application éventuelle d'une teinte pénétrante.
  3. Première couche de fond ou d'isolation.
  4. Égrenage léger, si le procédé le prévoit.
  5. Remplissage des pores.
  6. Application des couches préparatoires et de finition suivantes.

Ce déroulement convient à certains produits, mais ne doit pas être appliqué indistinctement.

StewMac recommande, par exemple, une ou deux couches isolantes diluées avant l'application de son ColorTone Clear Grain Filler.

D'autres systèmes imposent de remplir les pores sur le bois brut, puis d'appliquer le .

Il est également possible qu'aucun fond spécifique ne soit nécessaire, la première couche de vernis remplissant directement cette fonction.

L'ordre définitif doit donc être établi en fonction des produits choisis.

Préparer le bois avant l'application

Le ne remplace pas une préparation soignée.

Les traces d'usinage, les rayures profondes et les résidus de colle doivent avoir été éliminés avant son application.

Une première couche transparente peut rendre certains défauts plus visibles, mais elle ne les corrige pas.

Le bois doit être sec et débarrassé des poussières de ponçage. Les zones difficiles d'accès, les échancrures et les raccords du manche doivent recevoir le même soin que les grandes surfaces.

Le dernier grain d'abrasif dépend du produit.

Certains fonds sont conçus pour être appliqués sur un bois poncé au P180 ou au P220. D'autres peuvent être compatibles avec une préparation plus fine.

Un ponçage jusqu'au P800 n'est pas nécessairement problématique, mais il faut vérifier que l'état de surface obtenu convient au système de finition. Une surface très finement poncée peut présenter un comportement différent au mouillage et à l'adhérence.

La fiche technique reste prioritaire sur les habitudes de ponçage.

Appliquer une couche régulière

Le peut être appliqué au pinceau, au spalter, au rouleau ou au pistolet, selon sa formulation.

Pour une guitare, la pulvérisation permet de couvrir assez régulièrement les surfaces sculptées et les zones difficiles d'accès.

Le pinceau convient également à de nombreux produits, mais peut laisser des traces si la viscosité, le temps ouvert ou la méthode d'application ne sont pas adaptés.

Éviter les surépaisseurs

Il est tentant de charger la première couche pour obtenir immédiatement une surface lisse.

Une épaisseur excessive peut pourtant provoquer des coulures, ralentir le séchage et compliquer l'égrenage.

Dans les cavités, les angles et les raccords, le produit peut s'accumuler. Ces surépaisseurs deviennent particulièrement gênantes lorsqu'elles interfèrent avec l'ajustement des composants.

Il faut donc appliquer une couche conforme aux recommandations du fabricant plutôt que chercher à corriger tous les reliefs du bois dès cette étape.

Un n'a pas vocation à remplacer une opération de remplissage des pores lorsque celle-ci est nécessaire.

Respecter le temps de séchage

Le délai de recouvrement ne correspond pas nécessairement au moment où la couche devient sèche au toucher.

Certaines formulations permettent un égrenage relativement rapide. D'autres demandent plusieurs heures avant de pouvoir être poncées ou recouvertes.

Les températures basses, une humidité élevée et une application trop épaisse peuvent allonger ces délais.

Il faut aussi tenir compte du temps maximal de recouvrement lorsque le fabricant en prévoit un. Au-delà, une préparation mécanique peut devenir nécessaire pour assurer l'adhérence de la couche suivante.

À titre d'exemple, la fiche technique du Fond Dur Aqua de Blanchon prévoit un délai de recouvrement et des conditions d'application propres à cette formulation. Ces valeurs ne doivent pas être transposées à d'autres produits.

Égrener le sans traverser la couche

Après séchage, la surface peut présenter de petites aspérités.

Elles proviennent notamment des fibres relevées, de poussières retenues dans le film ou de légères irrégularités d'application.

L'égrenage consiste à éliminer ces défauts superficiels sans retirer toute la couche déposée.

Il se réalise avec un abrasif fin, généralement monté sur une cale adaptée à la géométrie de la pièce. Le grain exact dépend des prescriptions du fabricant et de l'état de surface.

Le geste doit rester léger.

Sur les arêtes et les parties convexes, l'épaisseur du film est souvent plus faible. Une pression excessive peut traverser le fond et remettre localement le bois à nu.

Si une teinte se trouve sous la couche isolante, cette erreur peut entraîner une différence de couleur difficile à corriger.

Il faut également éviter de chercher à supprimer par ponçage des creux qui appartiennent à la structure naturelle du bois. Lorsque les pores sont encore ouverts, leur remplissage relève d'une opération distincte.

Après égrenage, on dépoussière soigneusement avant de poursuivre.

Vérifier l'isolation et l'uniformité de la surface

Une fois le appliqué et préparé, on examine la guitare sous plusieurs angles.

La surface doit présenter un aspect régulier, sans coulures, zones insuffisamment couvertes ou surépaisseurs.

Les variations de couleur ne constituent pas toujours un défaut. Certaines essences absorbent différemment la première couche, et le fond peut accentuer naturellement les contrastes du bois.

En revanche, une zone restant anormalement mate ou absorbante peut signaler une application insuffisante ou une contamination.

Sur les bois riches en substances extractibles, l'adhérence et l'isolation méritent une attention particulière. Un fond ordinaire ne garantit pas que les composants du bois resteront bloqués sous toutes les finitions.

En cas de doute, une éprouvette réalisée avec le système complet permet d'examiner le comportement du et des couches suivantes après séchage et durcissement.

Le résultat recherché est une première couche régulière, correctement adhérente et compatible avec la suite du travail. Selon le système choisi, la surface peut alors recevoir un bouche-pores de remplissage, une couche préparatoire supplémentaire ou directement la finition prévue.