Préparer et poncer les surfaces
Une guitare peut sortir de l'atelier parfaitement assemblée et présenter malgré tout des défauts qui ne deviendront visibles qu'après l'application de la finition : rayures, traces de fraise, résidus de colle ou légères ondulations.
Le vernis ne les fera pas disparaître. Une finition transparente les rend souvent plus visibles, surtout lorsqu'elle est brillante. Une peinture opaque peut masquer les différences de couleur, mais elle ne corrige pas les défauts de relief.
La préparation consiste à obtenir une surface régulière, propre et adaptée au produit qui sera appliqué. Elle concerne autant le corps et le manche que les détails difficiles d'accès.
Examiner les surfaces avant de poncer
Le premier travail consiste à repérer les défauts laissés par la fabrication.
Sur un corps usiné à la CNC, les passages de fraise peuvent avoir laissé de fines marches, notamment sur les surfaces sculptées. Le ponçage à la machine peut produire des traces circulaires. Une râpe ou une lime peut avoir marqué certaines zones du manche. Les collages peuvent également laisser de petits débordements de colle.
Tous ces défauts ne se corrigent pas de la même manière.
Une marche d'usinage prononcée doit être éliminée avec un outil adapté, éventuellement un racloir, avant de commencer le ponçage fin. Chercher à la faire disparaître directement avec du papier abrasif risque de creuser les surfaces voisines.
Le racloir est particulièrement intéressant sur les bois figurés, où les changements de direction du fil compliquent parfois le travail des outils à arête tranchante. Il permet d'enlever de très fins copeaux sans multiplier les rayures.
Le luthier Dan Erlewine présente cette méthode dans Scraping, not sanding, to prepare wood for finishing, avec des exemples de préparation de corps et de filets.
L'objectif reste de supprimer les défauts sans modifier la géométrie de l'instrument. Une surface plate doit le rester ; un galbe soigneusement sculpté ne doit pas devenir irrégulier sous l'effet d'un ponçage trop localisé.
Éliminer les traces de colle et les défauts ponctuels
Les résidus de colle demandent une attention particulière lorsqu'une finition transparente ou une teinte pénétrante est prévue.
Une fine pellicule de colle peut être presque invisible sur le bois brut. Pourtant, elle empêche localement la teinte de pénétrer. Le défaut apparaît alors sous forme d'une tache plus claire, parfois difficile à corriger sans revenir au bois nu.
Les excédents de colle sèche se retirent de préférence par un raclage soigneux, suivi d'un ponçage limité à la zone concernée. Il faut éviter de creuser le bois autour du joint.
Un contrôle en lumière rasante permet souvent de repérer les résidus superficiels. Sur une éprouvette, une légère humidification peut aussi révéler certaines différences d'absorption, mais elle ne constitue pas un contrôle fiable de tous les résidus de colle.
Les petites marques de compression méritent également d'être distinguées des rayures. Une fibre simplement écrasée peut parfois être redressée par une humidification localisée et un apport de chaleur maîtrisé. Cette méthode convient moins aux zones comportant des colles, des filets ou des matériaux sensibles à la chaleur.
Une entaille dont les fibres ont été arrachées ne disparaîtra pas par ce procédé.
Progresser dans les grains sans brûler les étapes
Le ponçage consiste à remplacer des rayures relativement profondes par des rayures de plus en plus fines.
Chaque grain doit effacer les traces laissées par le précédent. Passer directement d'un abrasif grossier à un abrasif très fin ne fait généralement que polir les parties hautes, tout en laissant subsister les rayures profondes.
Sur une surface déjà correctement usinée, il est souvent inutile de commencer avec un abrasif très agressif.
Une progression courante peut être :
| Abrasif | Utilisation |
|---|---|
| P80 à P100 | Correction ponctuelle de défauts importants, lorsque la géométrie le permet. |
| P120 | Suppression des traces d'usinage légères et régularisation initiale. |
| P150 | Effacement des rayures du grain précédent. |
| P180 | Préparation fine du bois, adaptée à de nombreux systèmes de finition. |
| P220 | Finition plus fine, lorsque le bois et les produits choisis le permettent. |
| P600 | Préparation très fine. |
| P800 et au-delà | Préparation poussée pour des applications dont la compatibilité avec cet état de surface a été vérifiée. |
Ces valeurs sont des repères, pas une succession obligatoire.
Un corps correctement préparé au racloir peut commencer directement au P150. À l'inverse, un bois présentant des défauts d'usinage importants nécessitera une intervention préalable.
Il faut également adapter le dernier grain à la finition prévue.
Une teinte pénétrante peut devenir moins intense sur un bois poncé très finement, car la préparation modifie son absorption. Certaines huiles imposent elles aussi une plage de ponçage particulière.
Pour les produits à teinter, General Finishes donne des progressions différentes selon les essences et les systèmes de finition.
Le choix du dernier abrasif doit donc être arrêté en fonction des fiches techniques des produits, idéalement après un essai sur une chute du même bois.
Conseil
Le dernier grain ne se choisit pas uniquement en fonction de la douceur recherchée. Il dépend de l'essence de bois, de la présence éventuelle d'une teinte pénétrante et du produit qui recevra directement la surface. Un ponçage jusqu'au P800 peut convenir à certaines méthodes, tandis que d'autres nécessitent de s'arrêter beaucoup plus tôt.
Préserver les surfaces planes, les courbes et les arêtes
Le choix de la cale influence directement le résultat.
Sur une face plane, une cale rigide répartit la pression et limite la formation de creux. Sur une surface bombée, une cale souple ou profilée suit mieux les courbes.
Poncer uniquement avec les doigts est tentant, notamment autour des cornes et des échancrures. La pression se concentre cependant sous les doigts et peut former de petites dépressions.
La ponceuse excentrique est efficace sur les grandes surfaces, mais son utilisation exige de la retenue à proximité des arêtes. Son plateau peut rapidement arrondir une zone qui devait conserver une géométrie précise.
Les galbes et les raccords du manche demandent le même soin. Le ponçage doit accompagner le profil existant, sans le modifier progressivement.
Arrondir les arêtes avec mesure
Les angles très vifs retiennent généralement moins bien une épaisseur régulière de finition. Lors de l'application puis du ponçage des couches, ils deviennent des zones particulièrement exposées aux percements du film.
Un très léger adoucissement des arêtes peut réduire ce problème.
Il faut néanmoins respecter le dessin de l'instrument. Une Telecaster à arêtes relativement franches ne se prépare pas comme une Stratocaster aux contours largement arrondis.
Sur une guitare possédant une table sculptée, un filet ou une arête volontairement marquée, l'intervention doit rester compatible avec la géométrie prévue.
La préparation des arêtes avant vernissage est notamment illustrée dans Finishing a Blue Guitar — Wood Preparation.
Traiter les bois de bout et les zones difficiles
Le bois de bout absorbe souvent davantage les produits pénétrants que les surfaces travaillées dans le sens du fil.
Sur une guitare, ce phénomène apparaît notamment aux extrémités du corps, dans certaines échancrures et sur les parties où les fibres sont coupées transversalement.
Une teinte peut y devenir sensiblement plus foncée.
Un ponçage légèrement plus fin de ces zones peut parfois réduire cette différence d'absorption. Le résultat dépend toutefois de l'essence et de la teinte employée. Il vaut mieux le vérifier sur une éprouvette plutôt que traiter systématiquement tous les bois de bout de manière différente.
Les cavités de micros, les passages de câbles et les logements de l'électronique demandent également un nettoyage soigneux. Il n'est pas nécessaire de leur donner le même état de surface que la table, mais les éclats, fibres arrachées et poussières accumulées doivent être éliminés.
Sur les filets et les incrustations, le ponçage doit rester mesuré. Certains plastiques s'abrasent plus rapidement que le bois voisin, tandis que d'autres matériaux résistent davantage.
Une pression excessive peut créer un décrochement au niveau de leur jonction.
Les tables minces ou les placages exigent une prudence supplémentaire : une ponceuse peut traverser la couche décorative avant que le défaut recherché ait disparu.
Relever les fibres lorsque la finition le demande
L'eau peut provoquer un léger gonflement des fibres superficielles du bois.
Après séchage, certaines restent soulevées et rendent la surface rugueuse. Le phénomène est particulièrement perceptible avec certaines teintes et finitions aqueuses.
Il est possible de provoquer ce relèvement avant l'application du produit.
Après le ponçage initial, on humidifie légèrement la surface avec un chiffon propre, sans détremper le bois. On laisse sécher complètement, puis on élimine délicatement les fibres soulevées à l'aide d'un abrasif fin adapté au système.
L'opération doit rester légère : il s'agit de supprimer les fibres relevées, pas de recommencer le ponçage.
Cette méthode est décrite par General Finishes dans ses recommandations de préparation avant teinture à l'eau.
Elle n'est pas obligatoire pour toutes les finitions. Sur certains bois figurés, un mouillage peut aussi modifier temporairement la perception du relief et de la couleur. Il faut alors laisser sécher complètement avant de juger l'état de surface.
Contrôler le résultat sous plusieurs éclairages
Une surface peut sembler irréprochable sous l'éclairage général de l'atelier et révéler de nombreuses rayures lorsqu'on l'observe autrement.
La lumière rasante constitue un excellent moyen de contrôle.
En plaçant une source lumineuse à faible angle par rapport à la surface, les défauts de relief deviennent plus visibles : marches d'usinage, rayures, ondulations et petites dépressions produisent des variations d'ombre et de reflet.
Il est utile de faire tourner la pièce ou de déplacer la lumière. Une rayure invisible dans une direction peut apparaître nettement dans une autre.
Le contrôle tactile complète l'observation, mais une surface douce au toucher n'est pas nécessairement exempte de rayures.
Sur les bois clairs, les défauts peuvent être particulièrement difficiles à distinguer avant la mise en teinte.
Il faut aussi surveiller les traces circulaires des ponceuses excentriques. Lorsque les conditions le permettent, un dernier passage manuel dans le sens du fil aide à éliminer les marques résiduelles. Sur les bois très figurés, dont le fil change continuellement de direction, cette méthode doit être adaptée.
Dépoussiérer sans contaminer le bois
La poussière de ponçage se loge dans les pores, les cavités et les petits interstices.
Une aspiration soigneuse permet d'en retirer l'essentiel. Une brosse propre et souple peut aider dans les zones difficiles.
L'air comprimé peut déplacer la poussière sans véritablement l'éliminer de l'atelier. Il risque également de remettre en suspension des particules fines et, si l'air n'est pas correctement filtré, de déposer de l'eau ou de l'huile sur le bois.
Les chiffons destinés au dépoussiérage doivent être compatibles avec la finition. Certains chiffons poisseux contiennent des substances susceptibles de contaminer une surface qui recevra un produit aqueux.
La laine d'acier est également à éviter sur le bois brut destiné à recevoir une finition à l'eau : des particules métalliques peuvent rester dans les pores et provoquer ultérieurement des taches de corrosion.
Une fois les surfaces prêtes, mieux vaut limiter les manipulations à mains nues. Les traces grasses laissées par les doigts peuvent perturber l'application de certains produits.
Le dernier contrôle doit porter sur l'ensemble de la guitare, y compris les raccords, les arêtes et les zones peu visibles.
À ce stade, le bois doit présenter la géométrie définitive et un état de surface homogène, adapté à la finition retenue. Les couches suivantes pourront alors remplir leur fonction sans devoir masquer les défauts de fabrication.